Mémoires
de la Société Archéologique
du Midi de la France

_____________________________________

     Tome LXIII (2003)

SOMMAIRE

Jean-Luc BOUDARTCHOUK, L’invention de saint Antonin de Frédélas-Pamiers

 Le martyr Antonin de Pamiers (Ariège) a suscité de nombreuses recherches ayant pour but d’apprécier l’historicité de ce personnage à l’existence controversée. Au centre du débat figurent ses reliques et celles de ses deux compagnons, Jean et Almaque. Or, il apparaît que les trois corps n’ont été « inventés » à Pamiers que dans les années 1100, à l’appui d’une vita amplifiée et fabuleuse d’origine romaine, dans le contexte de la première Croisade et de l’expansion économique et politique de Pamiers. Cette « invention » soigneusement mise en scène permet un succès étonnant de la dévotion à Antonin de Pamiers et ses compagnons dans la région, jusqu’en Espagne et en Italie, oblitérant des cultes plus anciens, notamment la relique du chef d’un autre Antonin conservée depuis l’époque post-carolingienne à Saint-Antonin-Noble-Val (Tarn-et-Garonne). Tel que nous le décrivent les vitae médiévales postérieures aux années 1100, Antonin de Pamiers n’a, selon toute vraisemblance, jamais existé ; cependant son dossier hagiographique contient peut-être des bribes d’informations relatives à des martyrs toulousains, inconnus par ailleurs.

Quitterie CAZES, L’architecture de l’ancienne église Notre-Dame la Daurade à Toulouse

L'analyse des documents d'archives, celle des plans anciens (dont un inédit) et le réexamen des sondages archéologiques de 1961 permettent de proposer une étude de l'architecture de l'église Notre-Dame la Daurade, disparue entre 1761 et 1763. Quatre phases apparaissent. La première, encore hypothétique, correspondrait à une grande salle antique. À la fin de l'Antiquité est bâtie une abside à pans coupés. Un massif occidental, destiné à abriter le chœur haut des moines, est édifié à la fin du XIe ou au début du XIIe siècle. Enfin, probablement au tournant des XIIe et XIIIe siècles, la nef est couverte d'une voûte en berceau brisé portant sur de gros supports érigés contre la face interne des murs gouttereaux.

Emmanuel GARLAND, L’église romane Sainte-Marie de Cap d'Aran, dans l’ancien diocèse de Comminges

Sainte-Marie est le plus important édifice roman du Haut-Val d'Aran. L’imposante église actuelle, de type basilical, est le résultat de plusieurs campagnes de travaux qui se sont étalées sur deux siècles, couvrant ainsi l'ensemble de l'époque romane. L'examen du bâti révèle que l'on entreprit dès le premier quart du XIe siècle la construction d'un sanctuaire enterré, abrité par une église dont subsistent intégralement l’abside et quelques autres vestiges. Par la suite cette abside reçut un décor peint de très grande qualité, œuvre majeure du Maître de Saint-Lizier, qui fut malheureusement détachée et est aujourd’hui exilée. Au début du XIIe siècle, on se lança dans un projet d'agrandissement très ambitieux dont on posa d’emblée l'ensemble des bases et dont on réalisa une partie de l’élévation, mais qui dut attendre près d'un siècle pour être mené à terme. L’édifice, que l'on avait alors décidé de couvrir d'une simple charpente, fut par la suite voûté de pierre. Mais des désordres importants apparurent dans sa partie occidentale, tant sous la poussée des voûtes qu'à cause d'accidents sismiques, et l'édifice subit plusieurs reprises lourdes. C'est à elles que l'on doit son aspect actuel.

Virginie CZERNIAK, Les peintures murales de la chapelle de l’ancien logis abbatial de Moissac : un exemple méridional de l’influence des Plantagenêt ?

L’oratoire privé de l’abbé de Moissac conserve un décor peint fragmentaire mais vierge de toute intervention ultérieure, qui illustre, pour la première fois en terre languedocienne, le modèle dionysien de l’Arbre de Jessé. Cette iconographie inédite est servie par un style proche du néo-byzantinisme des années 1200. Un examen plus approfondi du traitement des formes et des procédés picturaux permet de rapprocher étroitement les peintures moissagaises des peintures de l’ancienne salle capitulaire du monastère aragonais de Sigena, aujourd’hui déposées au MNAC de Barcelone. L’ensemble aragonais est unanimement attribué à des artistes anglais et le contexte historique de la fin du XIIe siècle, qui voit le Quercy occupé par les Anglais consécutivement à une alliance anglo-aragonaise contre le comte de Toulouse, renforce l’hypothèse de la filiation entre les deux décors.

Marie-Laure FRONTON-WESSEL, Les corbeaux peints de l’église de Trèbes (Aude)

L’église Saint-Étienne de Trèbes, datée selon l’analyse stylistique et archéologique de la fin du XIIIe siècle, est couverte d’une charpente soutenue par 175 corbeaux, décorés à chacune de leurs extrémités de peintures. Celles-ci proposent une vision de la société de cette fin de siècle à travers des personnages en buste, issus de tous les milieux sociaux : moines, paysans, évêques ou abbés, chevaliers, nobles, etc. Plusieurs mains ont travaillé à cet ensemble, dans un gothique qui reste toujours très linéaire, et sans que ne soit vraiment remis en question le choix des motifs, même si, dans les dernières travées, un nouveau parti, caractérisé par un fond rouge, laisse une place plus importante à de nouveaux sujets (chiens, aigles, personnages de profil, parfois menaçants, etc.). D’autres églises du diocèse de Carcassonne présentent également des charpentes décorées, témoignant d’un art élaboré qui fait appel au répertoire des arts décoratifs. 

Henri PRADALIER, Saint-Sernin gothique

Saint-Sernin de Toulouse est connu pour être un des plus beaux monuments de l’époque romane. Cependant, l'observation attentive de l’édifice permet de constater qu’une partie de son architecture et de son décor ont été réalisés pendant la période gothique. Si les travaux de la première moitié du XIIIe siècle demeurent soumis au poids des traditions romanes, les choses se modifient brusquement entre 1260 et 1270 avec la construction du baldaquin destiné à abriter les reliques du saint patron de l’église. Cette micro architecture introduit dans le monument, et dans certaines constructions de la ville après lui, le gothique rayonnant importé des terres royales. Son édification provoque un changement stylistique définitif que l’on perçoit immédiatement dans les parties occidentales du monument, encore inachevées, et dans la surélévation gothique du clocher roman. Elle provoque également l’introduction du style français dans la peinture monumentale dont les ensembles conservés révèlent l’apparition du style gothique linéaire en même temps qu’une iconographie nouvelle, en particulier autour du personnage de la Vierge dont les scènes du Couronnement et de la Glorification ornent plusieurs parties du monument.

Cependant l’apparition des modèles français à Saint-Sernin ne peut être considérée comme une nouveauté en Languedoc. À Aigues-Mortes, à Najac, à Carcassonne, à Narbonne ou à Béziers, entre 1210 et 1260, on s’était déjà inspiré des modèles issus du premier gothique septentrional ou du gothique rayonnant. De surcroît, après 1260, on continua à construire, à Toulouse même, dans un style local qui est illustré par les églises des Ordres mendiants. La révolution introduite à Saint-Sernin fut donc à la fois tardive et contestée, mais elle prépara l’apparition des grands chefs-d’œuvre sculptés du milieu du XIVe siècle, qui allaient replacer Toulouse parmi les grands centres artistiques créateurs. 

Françoise GALÉS, Le château de Sauveterre-de-Béarn

Le château de Sauveterre-de-Béarn est un des édifices castraux béarnais, le plus mal connu. Il constitue pourtant un jalon important pour la compréhension du système de construction attribué à Gaston Fébus. L’analyse de l’organisation de son plan, ses répartitions fonctionnelles, les réponses apportées aux contraintes structurelles et topographiques permettent d’envisager l’importance du chantier comme marqueur typologique et chronologique du style fébusien.

Jeanne BAYLE, Les livres liturgiques de Philippe de Lévis, évêque de Mirepoix de 1497 à 1537

 Philippe de Lévis a restauré sa cathédrale et fait exécuter des livres liturgiques ornés de miniatures, les uns pour son usage, les pontificaux, les autres pour son chapitre. Il subsiste treize volumes ainsi qu’un certain nombre de lettres ornées et de miniatures arrachées à ces manuscrits. Le pontifical de Melbourne, celui de Poitiers et le lectionnaire sont l’œuvre de deux artistes travaillant ensemble, l’un encore gothique, l’autre, Henri Laurer, déjà touché par la Renaissance. Le pontifical de Bordeaux montre l’influence des gravures populaire et savante. Au Propre du temps et au psautier doivent être jointes les miniatures du Musée des Augustins représentant les occupations des mois, qui échappent à l’influence antiquisante. Tous ces manuscrits ont été exécutés par des enlumineurs parisiens entre 1497 et 1525. C’est au contraire au milieu des artistes toulousains, italianisants, qu’appartiennent les antiphonaires et leurs grandes miniatures, dont certaines ont été recueillies par le Musée des Augustins. Compte tenu des ressemblances entre le décor de ces volumes et quelques pages des Annales manuscrites de Toulouse, on peut attribuer à Servais Cornouaille l’illustration, entre 1533 et 1535, de ces luxueux manuscrits.

Georges COSTA, Les entrepreneurs parisiens du Pont Neuf de Toulouse

 Après que le Conseil du Roi eut approuvé le projet de Jacques Le Mercier pour la construction des arches, l’adjudication des ouvrages eut lieu à Paris en février 1615. Le maître maçon parisien Marcel Le Roy fut déclaré adjudicataire et fit connaître ses associés Rémy Collin, Jacques Boullet, François Montet, auxquels vint se joindre plus tard André Gerbault. Les entrepreneurs avaient convenu de diriger en commun les travaux, en se faisant remplacer le cas échéant par des représentants choisis de préférence parmi les membres de leur famille ou de proches collaborateurs.

Ainsi vinrent travailler au pont de Toulouse : Marcel Le Roy, son neveu François Mansart et son fils Guillaume, Rémy Collin et Pasquier Delisle ; Martin Boullet, ses trois fils et son petit-fils ; Nicolas Caillon et Nicolas Dufresne, à la place de François Montet ; et enfin André Gerbault, remplacé par son gendre Jean Caillon, le dernier entrepreneur du pont.

Les archives font connaître les difficultés suscitées par la Commission de l’œuvre, qui entraînèrent le ralentissement puis l’arrêt des travaux durant deux années. Elles permettent de préciser les périodes de permanence des entrepreneurs qui, pour la plupart, reprirent, après la fin du chantier, leurs activités dans la région parisienne. Toutefois, certains d’entre eux recherchèrent de nouvelles tâches dans la région, comme Marcel Le Roy, mais plus particulièrement encore, Guillaume Le Roy et Jean Caillon, qui choisirent tous deux de faire carrière dans le Midi.

Bulletin de l’année académique 2002-2003

Les procès-verbaux des séances de la Société rendent compte de ses différentes activités, reproduisant en particulier les discussions qui suivent les communications, que celles-ci soient publiées ou non dans les Mémoires. On y trouvera aussi des informations sur des fouilles archéologiques, des restaurations en cours ou des découvertes diverses à Toulouse et dans la région ainsi que des comptes rendus et des notes variées : Les peintures murales de Mont, d’Aranvielle et de Ris (Hautes-Pyrénées) ; Les cloches anciennes de Cornebarrieu (Haute-Garonne) ; Vestiges de verriers dans la Montagne Noire aux XVe-XVIe siècles ; Dernières recherches sur le facteur d’orgues Guillaume Monturus ; Objets classés au titre des Monuments historiques en 2002 à Saint-Sulpice-sur-Lèze ; Inscription commémorant l’établissement d’une fontaine à Ramonville en 1270 ; Vestiges d’une maison médiévale dans la Ville Haute de Bayonne ; Le retable en albâtre de Montgeard ; L’ancien Grand Prieuré de Saint-Jean de Jérusalem à Toulouse ; Une inscription romaine découverte en Lot-et-Garonne ; Une toile de Jean-François Courtin conservée dans la cathédrale Saint-Étienne à Toulouse ; Les terres cuites émaillées de Giroussens ; Les bâtiments de l’ancien collège de Périgord ; Saint Saturnin, premier évêque de Toulouse ? ; Les sondages de 1961 dans l'abside de l'ancienne église de la Daurade ; Les anges peints de la chapelle Saint-Jean-de-Mordagne à Cordes-sur-Ciel ; La Maison dite « des Dames de la Foi » à Périgueux…

L’ancien collège de Périgord victime du vandalisme officiel

En épilogue à l’« affaire » de l’ancien collège de Périgord à Toulouse, l’analyse de l’ensemble du dossier permet de mieux comprendre comment ont été conduits les travaux et pourquoi ils ont abouti au massacre des bâtiments médiévaux de l’ancien collège universitaire. Des erreurs ont été commises, mais c’est surtout une certaine conception de la réhabilitation des édifices anciens qui est en cause. Il paraît également nécessaire d’établir d’autres relations entre les services de l’État et les sociétés savantes et associations de défense du patrimoine.

 


© S.A.M.F. 2003. La S.A.M.F. autorise la reproduction de tout ou partie des pages du site sous réserve de la mention des auteurs et de l'origine des documents et à l'exclusion de toute utilisation commerciale ou onéreuse à quelque titre que ce soit. 

Sommaire du site de la S.A.M.F.