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Mémoires |
SOMMAIRE
Jean-Luc BOUDARTCHOUK, Linvention de saint Antonin de Frédélas-Pamiers
Le martyr Antonin de Pamiers (Ariège) a suscité de nombreuses recherches ayant pour but dapprécier lhistoricité de ce personnage à lexistence controversée. Au centre du débat figurent ses reliques et celles de ses deux compagnons, Jean et Almaque. Or, il apparaît que les trois corps nont été « inventés » à Pamiers que dans les années 1100, à lappui dune vita amplifiée et fabuleuse dorigine romaine, dans le contexte de la première Croisade et de lexpansion économique et politique de Pamiers. Cette « invention » soigneusement mise en scène permet un succès étonnant de la dévotion à Antonin de Pamiers et ses compagnons dans la région, jusquen Espagne et en Italie, oblitérant des cultes plus anciens, notamment la relique du chef dun autre Antonin conservée depuis lépoque post-carolingienne à Saint-Antonin-Noble-Val (Tarn-et-Garonne). Tel que nous le décrivent les vitae médiévales postérieures aux années 1100, Antonin de Pamiers na, selon toute vraisemblance, jamais existé ; cependant son dossier hagiographique contient peut-être des bribes dinformations relatives à des martyrs toulousains, inconnus par ailleurs.
Quitterie CAZES, Larchitecture de lancienne église Notre-Dame la Daurade à Toulouse
L'analyse des documents d'archives, celle des plans anciens (dont un inédit) et le réexamen des sondages archéologiques de 1961 permettent de proposer une étude de l'architecture de l'église Notre-Dame la Daurade, disparue entre 1761 et 1763. Quatre phases apparaissent. La première, encore hypothétique, correspondrait à une grande salle antique. À la fin de l'Antiquité est bâtie une abside à pans coupés. Un massif occidental, destiné à abriter le chur haut des moines, est édifié à la fin du XIe ou au début du XIIe siècle. Enfin, probablement au tournant des XIIe et XIIIe siècles, la nef est couverte d'une voûte en berceau brisé portant sur de gros supports érigés contre la face interne des murs gouttereaux.
Emmanuel GARLAND, Léglise romane Sainte-Marie de Cap d'Aran, dans lancien diocèse de Comminges
Sainte-Marie est le plus important édifice roman du Haut-Val d'Aran. Limposante église actuelle, de type basilical, est le résultat de plusieurs campagnes de travaux qui se sont étalées sur deux siècles, couvrant ainsi l'ensemble de l'époque romane. L'examen du bâti révèle que l'on entreprit dès le premier quart du XIe siècle la construction d'un sanctuaire enterré, abrité par une église dont subsistent intégralement labside et quelques autres vestiges. Par la suite cette abside reçut un décor peint de très grande qualité, uvre majeure du Maître de Saint-Lizier, qui fut malheureusement détachée et est aujourdhui exilée. Au début du XIIe siècle, on se lança dans un projet d'agrandissement très ambitieux dont on posa demblée l'ensemble des bases et dont on réalisa une partie de lélévation, mais qui dut attendre près d'un siècle pour être mené à terme. Lédifice, que l'on avait alors décidé de couvrir d'une simple charpente, fut par la suite voûté de pierre. Mais des désordres importants apparurent dans sa partie occidentale, tant sous la poussée des voûtes qu'à cause d'accidents sismiques, et l'édifice subit plusieurs reprises lourdes. C'est à elles que l'on doit son aspect actuel.
Virginie CZERNIAK, Les peintures murales de la chapelle de lancien logis abbatial de Moissac : un exemple méridional de linfluence des Plantagenêt ?
Loratoire privé de labbé de Moissac conserve un décor peint fragmentaire mais vierge de toute intervention ultérieure, qui illustre, pour la première fois en terre languedocienne, le modèle dionysien de lArbre de Jessé. Cette iconographie inédite est servie par un style proche du néo-byzantinisme des années 1200. Un examen plus approfondi du traitement des formes et des procédés picturaux permet de rapprocher étroitement les peintures moissagaises des peintures de lancienne salle capitulaire du monastère aragonais de Sigena, aujourdhui déposées au MNAC de Barcelone. Lensemble aragonais est unanimement attribué à des artistes anglais et le contexte historique de la fin du XIIe siècle, qui voit le Quercy occupé par les Anglais consécutivement à une alliance anglo-aragonaise contre le comte de Toulouse, renforce lhypothèse de la filiation entre les deux décors.
Marie-Laure FRONTON-WESSEL, Les corbeaux peints de léglise de Trèbes (Aude)
Léglise Saint-Étienne de Trèbes, datée selon lanalyse stylistique et archéologique de la fin du XIIIe siècle, est couverte dune charpente soutenue par 175 corbeaux, décorés à chacune de leurs extrémités de peintures. Celles-ci proposent une vision de la société de cette fin de siècle à travers des personnages en buste, issus de tous les milieux sociaux : moines, paysans, évêques ou abbés, chevaliers, nobles, etc. Plusieurs mains ont travaillé à cet ensemble, dans un gothique qui reste toujours très linéaire, et sans que ne soit vraiment remis en question le choix des motifs, même si, dans les dernières travées, un nouveau parti, caractérisé par un fond rouge, laisse une place plus importante à de nouveaux sujets (chiens, aigles, personnages de profil, parfois menaçants, etc.). Dautres églises du diocèse de Carcassonne présentent également des charpentes décorées, témoignant dun art élaboré qui fait appel au répertoire des arts décoratifs.
Henri PRADALIER, Saint-Sernin gothique
Saint-Sernin de Toulouse est connu pour être un des plus beaux monuments de lépoque romane. Cependant, l'observation attentive de lédifice permet de constater quune partie de son architecture et de son décor ont été réalisés pendant la période gothique. Si les travaux de la première moitié du XIIIe siècle demeurent soumis au poids des traditions romanes, les choses se modifient brusquement entre 1260 et 1270 avec la construction du baldaquin destiné à abriter les reliques du saint patron de léglise. Cette micro architecture introduit dans le monument, et dans certaines constructions de la ville après lui, le gothique rayonnant importé des terres royales. Son édification provoque un changement stylistique définitif que lon perçoit immédiatement dans les parties occidentales du monument, encore inachevées, et dans la surélévation gothique du clocher roman. Elle provoque également lintroduction du style français dans la peinture monumentale dont les ensembles conservés révèlent lapparition du style gothique linéaire en même temps quune iconographie nouvelle, en particulier autour du personnage de la Vierge dont les scènes du Couronnement et de la Glorification ornent plusieurs parties du monument.
Cependant lapparition des modèles français à Saint-Sernin ne peut être considérée comme une nouveauté en Languedoc. À Aigues-Mortes, à Najac, à Carcassonne, à Narbonne ou à Béziers, entre 1210 et 1260, on sétait déjà inspiré des modèles issus du premier gothique septentrional ou du gothique rayonnant. De surcroît, après 1260, on continua à construire, à Toulouse même, dans un style local qui est illustré par les églises des Ordres mendiants. La révolution introduite à Saint-Sernin fut donc à la fois tardive et contestée, mais elle prépara lapparition des grands chefs-duvre sculptés du milieu du XIVe siècle, qui allaient replacer Toulouse parmi les grands centres artistiques créateurs.
Françoise GALÉS, Le château de Sauveterre-de-Béarn
Le château de Sauveterre-de-Béarn est un des édifices castraux béarnais, le plus mal connu. Il constitue pourtant un jalon important pour la compréhension du système de construction attribué à Gaston Fébus. Lanalyse de lorganisation de son plan, ses répartitions fonctionnelles, les réponses apportées aux contraintes structurelles et topographiques permettent denvisager limportance du chantier comme marqueur typologique et chronologique du style fébusien.
Jeanne BAYLE, Les livres liturgiques de Philippe de Lévis, évêque de Mirepoix de 1497 à 1537
Philippe de Lévis a restauré sa cathédrale et fait exécuter des livres liturgiques ornés de miniatures, les uns pour son usage, les pontificaux, les autres pour son chapitre. Il subsiste treize volumes ainsi quun certain nombre de lettres ornées et de miniatures arrachées à ces manuscrits. Le pontifical de Melbourne, celui de Poitiers et le lectionnaire sont luvre de deux artistes travaillant ensemble, lun encore gothique, lautre, Henri Laurer, déjà touché par la Renaissance. Le pontifical de Bordeaux montre linfluence des gravures populaire et savante. Au Propre du temps et au psautier doivent être jointes les miniatures du Musée des Augustins représentant les occupations des mois, qui échappent à linfluence antiquisante. Tous ces manuscrits ont été exécutés par des enlumineurs parisiens entre 1497 et 1525. Cest au contraire au milieu des artistes toulousains, italianisants, quappartiennent les antiphonaires et leurs grandes miniatures, dont certaines ont été recueillies par le Musée des Augustins. Compte tenu des ressemblances entre le décor de ces volumes et quelques pages des Annales manuscrites de Toulouse, on peut attribuer à Servais Cornouaille lillustration, entre 1533 et 1535, de ces luxueux manuscrits.
Georges COSTA, Les entrepreneurs parisiens du Pont Neuf de Toulouse
Après que le Conseil du Roi eut approuvé le projet de Jacques Le Mercier pour la construction des arches, ladjudication des ouvrages eut lieu à Paris en février 1615. Le maître maçon parisien Marcel Le Roy fut déclaré adjudicataire et fit connaître ses associés Rémy Collin, Jacques Boullet, François Montet, auxquels vint se joindre plus tard André Gerbault. Les entrepreneurs avaient convenu de diriger en commun les travaux, en se faisant remplacer le cas échéant par des représentants choisis de préférence parmi les membres de leur famille ou de proches collaborateurs.
Ainsi vinrent travailler au pont de Toulouse : Marcel Le Roy, son neveu François Mansart et son fils Guillaume, Rémy Collin et Pasquier Delisle ; Martin Boullet, ses trois fils et son petit-fils ; Nicolas Caillon et Nicolas Dufresne, à la place de François Montet ; et enfin André Gerbault, remplacé par son gendre Jean Caillon, le dernier entrepreneur du pont.
Les archives font connaître les difficultés suscitées par la Commission de luvre, qui entraînèrent le ralentissement puis larrêt des travaux durant deux années. Elles permettent de préciser les périodes de permanence des entrepreneurs qui, pour la plupart, reprirent, après la fin du chantier, leurs activités dans la région parisienne. Toutefois, certains dentre eux recherchèrent de nouvelles tâches dans la région, comme Marcel Le Roy, mais plus particulièrement encore, Guillaume Le Roy et Jean Caillon, qui choisirent tous deux de faire carrière dans le Midi.
Bulletin de lannée académique 2002-2003
Les procès-verbaux des séances de la Société rendent compte de ses différentes activités, reproduisant en particulier les discussions qui suivent les communications, que celles-ci soient publiées ou non dans les Mémoires. On y trouvera aussi des informations sur des fouilles archéologiques, des restaurations en cours ou des découvertes diverses à Toulouse et dans la région ainsi que des comptes rendus et des notes variées : Les peintures murales de Mont, dAranvielle et de Ris (Hautes-Pyrénées) ; Les cloches anciennes de Cornebarrieu (Haute-Garonne) ; Vestiges de verriers dans la Montagne Noire aux XVe-XVIe siècles ; Dernières recherches sur le facteur dorgues Guillaume Monturus ; Objets classés au titre des Monuments historiques en 2002 à Saint-Sulpice-sur-Lèze ; Inscription commémorant létablissement dune fontaine à Ramonville en 1270 ; Vestiges dune maison médiévale dans la Ville Haute de Bayonne ; Le retable en albâtre de Montgeard ; Lancien Grand Prieuré de Saint-Jean de Jérusalem à Toulouse ; Une inscription romaine découverte en Lot-et-Garonne ; Une toile de Jean-François Courtin conservée dans la cathédrale Saint-Étienne à Toulouse ; Les terres cuites émaillées de Giroussens ; Les bâtiments de lancien collège de Périgord ; Saint Saturnin, premier évêque de Toulouse ? ; Les sondages de 1961 dans l'abside de l'ancienne église de la Daurade ; Les anges peints de la chapelle Saint-Jean-de-Mordagne à Cordes-sur-Ciel ; La Maison dite « des Dames de la Foi » à Périgueux
Lancien collège de Périgord victime du vandalisme officiel
En épilogue à l« affaire » de lancien collège de Périgord à Toulouse, lanalyse de lensemble du dossier permet de mieux comprendre comment ont été conduits les travaux et pourquoi ils ont abouti au massacre des bâtiments médiévaux de lancien collège universitaire. Des erreurs ont été commises, mais cest surtout une certaine conception de la réhabilitation des édifices anciens qui est en cause. Il paraît également nécessaire détablir dautres relations entre les services de lÉtat et les sociétés savantes et associations de défense du patrimoine.
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