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Mémoires |
L'ESCARGOT DANS LE MIDI DE LA FRANCE
APPROCHE ICONOGRAPHIQUE
par Yves et Françoise CRANGA *
Version brute du texte, sans mise en forme ni illustrations
Animal étrange, lescargot a toujours intrigué les hommes, soffrant à leur imaginaire comme à leurs spéculations. Cest le constat qui simpose à nous, après quelques années de recherches que nous lui avons consacrées (1). Lanimal est par excellence objet dune étude transdisciplinaire : sa diversité naturelle et culturelle suppose une double démarche, zoologique et ethnologique. Cest donc par cette approche ouverte et transversale que sont abordés ici les modes de représentation de lescargot dans le midi de la France.
Identification zoologique : le particularisme
Animal pratiquement inchangé depuis lorigine, lescargot est cependant un être " déplacé ". Né dans la mer, il lui a fallu vivre sur la terre, et cette nécessaire adaptation du monde aquatique au monde terrestre explique ses bizarreries daspect et de comportement.
Cest un ver mou qui bave pour rester humide et qui, pour se protéger de la dessiccation, a du sécréter une coquille dure dans laquelle il senferme.
Il a le sang froid. Ne pouvant réguler sa température corporelle, il lui a fallu sadapter aux variations de température et dhygrométrie, passant perpétuellement par des phases dactivité et dinactivité, vivant au rythme du jour et de la nuit, de la pluie et du beau temps, de lalternance saisonnière. Pour fuir la chaleur et le froid, la lumière et le vent, il se cache, retiré dans sa coquille, dissimulé sous une feuille ou une pierre, réfugié dans un trou ou enfoui dans la terre. Il sort avec lobscurité, la rosée et la pluie. À lentrée de lhiver, il disparaît, engourdi dans sa coquille dont il a scellé louverture par un bouchon calcaire, pour réapparaître avec le retour du printemps.
Tout en lui est mouvement.
Sa coquille, dans une dynamique rotative, croît sans changer de forme. Elle senroule autour dun axe et se développe peu à peu, en se dilatant de plus en plus (2). Son corps senroule et se déroule en un mouvement alternatif. Lescargot sort de sa coquille en montrant les cornes. Il rampe très lentement, mais avec ténacité, dans une avancée souvent ascensionnelle et en sécrétant une humeur visqueuse qui laisse sur son passage une trace humide et brillante. Au moindre danger, au moindre obstacle, il rentre les cornes et se rétracte dans sa coquille.
Un animal si troublant ne pouvait quexciter la curiosité et véhiculer croyances et préjugés.
" Qui, né du bois, sans épines, sans sang, va mouillant son chemin ? " : dans la Grèce antique, on proposait cette énigme au cours des banquets (3). Pour les encyclopédistes médiévaux, il naît spontanément, de la corruption des plantes ou de la terre : " Lescargot, dit au XIIIe siècle le dominicain Thomas de Cantimpré, est un ver issu de la corruption des plantes du fait dun temps excessivement chaud et humide [ ]. Certains sont rouges, dautres blancs, dautres noirs, dautres enfin jaunes selon les différences dair et de corruption " (4). Sa coquille est une carapace de bave durcie au soleil. Sa croissance dépend du bon vouloir de la lune. Il fond sous laction du sel ou de lurine. Sourd et aveugle, il sonde son chemin avec ses cornes (5).
Le XVIIIe siècle expérimental fait une découverte : quand on lui coupe la tête, elle repousse. Des milliers descargots seront décapités sur lautel de la science. " Le succès de lexpérience, raconte Voltaire, dépend de lâge du limaçon, du temps auquel on lui coupe la tête, de lendroit où on la lui coupe, du lieu où on le garde jusquà ce que la tête lui revienne ". Et il ajoute : " Si du moins la reproduction de ces têtes pouvait forcer certains hommes à douter, les colimaçons auraient rendu un grand service au genre humain " (6).
Au XIXe siècle, un savant fou originaire de lHérault prétend que lescargot est chargé dun fluide magnétique et met au point la boussole pasilalinique-sympathique permettant la communication universelle et instantanée de la pensée (7) !
Ses singularités morphologiques, létrangeté de son comportement génèrent une ambiguïté de perception de la part de lhomme partagé entre lattirance et le rejet. Le dégoût, la peur que suscite cet animal mutilé, rampant, froid et gluant, relèvent de pensées irrationnelles nées du rejet dune trop grande particularité. Mais lescargot a une coquille quil porte toujours avec lui, qui lui sert de refuge et de protection. Ronde, féminine et matricielle, elle génère rationalité et apaisement (8).
Le nom qui sert à le désigner exprime lambivalence de sa matière molle et dure. Le limas ou le limaçon du latin limax, dérivé de limus (boue) suggèrent une chair muqueuse et informe. Lescargot de lespagnol caracol (cargol en catalan) transformé en escargol évoque la minéralité de la coquille (9).
À cette ambivalence de structure sajoute une alternance de comportement : il apparaît et disparaît successivement. Sa présence ou son absence au monde, rythmées biologiquement, expliquent que limaginaire lait associé au devenir cyclique et ait recherché en lui le symbole dune fécondité inépuisable et dune renaissance périodique.
" Lescargot sous le soleil "
Lart peut-il traduire cette permanence du mouvement, cette ambiguïté que révèlent discours et usages (10) ? Une tentative de réponse se doit dêtre précédée dun corpus chronologique et non exhaustif de représentations. La première représentation est gallo-romaine et elle est sans rapport avec lapparition de lescargot sous des latitudes méditerranéennes et lutilisation qui a pu en être faite.
Lescargot est absent dans lart rupestre (11). Sa collecte à de seules fins alimentaires est confirmée par lexistence damas de coquilles dans les grottes et abris préhistoriques pyrénéens (12).
Des fouilles archéologiques effectuées à Toulouse, Vieille-Toulouse et Montmaurin, ont révélé la présence de coquilles dans les puits funéraires gallo-romains (13). Les escargots sont souvent utilisés selon des positions déterminées et ternaires. À Toulouse, dans lun des puits de la rue du Férétra, fouillé en 1967 et profond de 4 m, trois coquilles étaient déposées au centre de la couche supérieure de la tombe. À Vieille-Toulouse, dans le puits de Croux dAfiou, fouillé en 1957 et dune profondeur de 3,50 m, six escargots ont été déposés dans la zone supérieure de la tombe : un dans chaque angle et deux au-dessus du dernier vase central. Le puits de Mont-Betou, fouillé en 1971, a une profondeur de 8,20 m : un escargot a été déposé dans chaque angle, selon un même niveau de la couche de protection. Immédiatement au-dessus, de petits escargots ont été épandus sur toute la surface du puits. Plus haut, des escargots ont été déposés dans un angle à 4 m et dans langle opposé, à 3 m (14). Il convient de rester prudent sur une possible confirmation dun rite funéraire. Les dépôts les plus profonds présentent une plus grande authenticité. Dautre part, il faut distinguer les coquilles offrande alimentaire ou rituel funéraire placées intentionnellement, de celles provenant de mollusques introduits fortuitement dans la sépulture.
Villa de Chiragan : frise sculptée (Martres-Tolosane/Haute-Garonne) - IIe-IIIe siècles
À la suite dune trouvaille faite par un cultivateur, des fouilles furent effectuées sur la rive gauche de la Garonne, au lieu-dit Chiragan. Les fouilles de 1826 livrèrent plusieurs montants en marbre sculpté, ornements dune villa (15). Dans les volutes des feuilles dacanthe, des escargots voisinent avec des oiseaux, des écureuils, des lézards, des serpents, des salamandres et des grenouilles (fig. 4).
Sarcophage paléochrétien (Musée Borély, Marseille/ Bouches-du-Rhône) - fin du IVe siècle
Sur une planche de latlas du voyage dans le midi de la France effectué par Aubin-Louis Millin au début du XIXe siècle, on peut voir un sarcophage en marbre de Carrare conservé à Marseille, qui date de la fin du IVe siècle et qui renfermait les reliques des martyrs Chrysanthe et Darie (16). Un décor à arcatures darbres rythme des scènes de la vie de saint Pierre et saint Paul. Un escargot incisé grimpe sur un tronc (fig. 23).
Maison civile dite " Pavillon dAdélaïde ", baie occidentale : bandeau darchivolte (Burlats/Tarn) - milieu du XIIe siècle
À Burlats, le troisième niveau de la maison romane dite " Pavillon dAdélaïde " a été percé au XIIe siècle de baies richement décorées (17). Chaque grande arcade présente, entre tore et archivolte, une gorge où court une frise : têtes de chats, coquilles Saint-Jacques, chiens poursuivant des lièvres sur la façade sud, escargots sur la façade occidentale (fig. 16).
Basilique Saint-Sernin, crypte inférieure : chapiteaux (Toulouse/Haute-Garonne) - XIVe siècle
Cest à lépoque gothique que furent aménagées les cryptes de la basilique. La crypte inférieure fut creusée sous lautel et le chur pour abriter chasses et reliquaires. Des escargots rampent sur deux chapiteaux de la salle centrale (fig. 5-6).
Église Saint-Pierre, portail occidental : linteau (Gourdon/Lot) - XIVe siècle
À Gourdon, sur le linteau du portail occidental de léglise Saint-Pierre, des escargots rampent sur des cordons de ceps de vigne et de feuilles de choux frisé quinterrompent des anges à phylactère.
Maison dite " des Consuls ", plafond peint : métope (Saint-Pons-de-Mauchiens/Hérault) - seconde moitié du XIVe siècle
Cest probablement vers 1383-1384 qua été commandé et exécuté le plafond peint de lhôtel des Consuls (18). Les métopes illustrent travaux des champs, divertissements en plein air. Sur lune delles, un homme est effrayé par un énorme escargot.
Parc du château de Valmirande : fontaine ornementale (Montréjeau/Haute-Garonne) - fin du XIVe siècle
Dans le parc du château de Valmirande, à Montréjeau, on peut voir, sur les bords de la pièce deau, une fontaine provenant du couvent des Augustins de Montréjeau, édifié à la fin du XIVe siècle par Roger dEspagne Montespan. Tout un bestiaire lornemente : licorne, cerf, sanglier, escargot... (fig. 7).
Église Saint-Martin, pilier central : frise sculptée (Commensacq/Landes) - XVe siècle
À Commensacq, un pilier de la nef de léglise Saint-Martin porte, en guise de chapiteau, une frise en couronne provenant de la chapelle Notre-Dame. Cette frise est sculptée danimaux divers et de scènes profanes. Un escargot dressé précède un cortège danimaux musiciens (fig. 31).
Château des archevêques de Narbonne, plafond peint : métope (Capestang/Hérault) - milieu du XVe siècle
Cest au XIVe siècle que fut aménagée dans le château de Capestang, résidence épiscopale de larchevêque de Narbonne, une salle dapparat avec comble apparent (19). Au milieu du XVe siècle, fut posé un plafond dont le décor peint mêle à un bestiaire réel et imaginaire des scènes dinspiration savante et populaire. Sur lune des métopes saffrontent un homme et un escargot géant (fig. 28).
Maison dite " Maison des Consuls ", couverts : about de sommier (Mirepoix/Ariège) - seconde moitié du XVe siècle
À Mirepoix, la maison dite " Maison des Consuls " a été édifiée au début du XVIe siècle sur les poteaux et le solier de lancienne maison de Justice construite sous la seigneurie de Jean de Lévis IV, dans la seconde moitié du XVe siècle (20). Les poteaux sur lesquels repose lavant-solier, les abouts de sommiers et les solives ont reçu un décor sculpté figeant dans des masques hommes, animaux et monstruosités. Sur lun des abouts, un escargot, dont la tête a disparu, sort dune coquille spiralée (fig. 35).
Collégiale Notre-Dame, stalles : miséricorde (Villefranche-de-Rouergue/Aveyron) - seconde moitié du XVe siècle
Sur lune des miséricordes des stalles exécutées par le maître huchier André Sulpice dans le chur de la collégiale Notre-Dame de Villefranche-de-Rouergue de 1473 à 1487, un vieillard barbu, portant bâton, émerge dune coquille descargot et brandit son chapeau au visage lunaire (fig. 34).
Chapelle Notre-Dame, façade méridionale : culot sur façade et gâble en accolade du portail (Rocamadour/Lot) - seconde moitié du XVe siècle
Lorsque de 1862 à 1864, labbé Chevalt, architecte de lévêque de Cahors, semploie à reconstruire la chapelle Notre-Dame, il en conserve la partie méridionale, réédifiée en 1479 sous lépiscopat de Denys de Bar : sur le gâble en accolade, un escargot précède un crochet en choux frisé. Un autre escargot rampe sur le cep de vigne qui, sur la façade, sert de culot à une console sculptée.
Église Saint-Pierre, retombée des arcs : culs-de-lampe (Donneville/Haute-Garonne) - seconde moitié du XVe siècle
Dans léglise Saint-Pierre de Donneville, consacrée en 1469, le chur et la chapelle sont décorés de culs-de- lampe aux feuillages tourmentés, animés descargots.
Cathédrale Saint-Gervais, clocher-donjon : cul-de-lampe dun clocheton de fenêtre (Lectoure/Gers) - seconde moitié du XVe siècle
Après le sac de la cathédrale Saint-Gervais de Lectoure en 1473, le clocher-donjon est reconstruit en 1488 sous lépiscopat de Pierre dAbsac, par le maître tourangeau Mathieu Ragueneau. Lornementation sest concentrée sur les culs-de-lampe supportant les clochetons des grandes baies du dernier étage, à une hauteur voisine de 30 m. Sur lun deux, un énorme escargot se déroule sur une feuille de chou (fig. 2).
Chapelle Notre-Dame-de-Nazareth, tympan : culot (Toulouse/Haute-Garonne, rue Philippe-Féral) - seconde moitié du XVe siècle
Sur le tympan de la porte de la chapelle Notre-Dame-de-Nazareth, le culot de la console qui supporte une statue de la Vierge sorne dun cep de vigne dont les raisins sont dévorés par un oiseau et un escargot (fig. 8).
Cathédrale Notre-Dame, jubé : voussures des grandes arcades (Rodez/Aveyron) - seconde moitié du XVe siècle
Le jubé de la cathédrale de Rodez, commandité par Bernard de Chalençon, a été édifié entre 1468 et 1478. Bien que déplacé et fort mutilé, il conserve, le long des voussures des grandes arcades, une décoration de feuillages parmi lesquels rampent des escargots.
Cathédrale Sainte-Cécile, clôture du chur : piédestaux et gâble de porte (Albi/Tarn) - seconde moitié du XVe siècle
Le chur de la cathédrale Sainte-Cécile dAlbi a été construit et décoré entre 1474 et 1485, sous lépiscopat de Louis Ier dAmboise. Lescargot a trouvé sa place sur le gâble en accolade dune des portes de la clôture et sur les corniches des piédestaux supportant les prophètes. Il anime, avec oiseaux, chiens et lapins, un décor végétal de ceps de vigne et feuilles de chou (fig. 9).
Château de Pomas, plafond peint : métope (Pomas/Aude) - fin du XVe siècle
Cest Antoine de Rabot, viguier de Limoux, qui commandita, à la fin du XVe siècle, le décor peint du plafond du château de Pomas. Sur lune des métopes, un oiseau jaillit dune coquille descargot (21).
Ancienne abbatiale Notre-Dame-de-la-Nativité, cloître : culot et corbeille de chapiteau (Cadouin/Dordogne) - fin du XVe siècle
La reconstruction du cloître de lancienne abbatiale Notre-Dame-de-la-Nativité à Cadouin a été entreprise sous labbatiat de Pierre de Belbéraud, à la fin du XVe siècle. Tout un bestiaire a été représenté dont deux petits escargots : lun rampant sur un cep de vigne, en haut du pilastre de droite du siège de labbé, dans la galerie nord, et lautre, sur le culot interrompant le linteau de la porte royale, dans la galerie orientale (22).
Cathédrale Saint-Étienne, cloître : piédroit de porte et pilier dangle (Cahors/Lot) - fin du XVe siècle/début du XVIe siècle
La reconstruction du cloître de la cathédrale Saint-Étienne de Cahors a été mise en chantier sous lépiscopat dAntoine dAlamand, à la fin du XVe siècle. Une première campagne de travaux, concernant la galerie nord, trois travées orientales et deux travées occidentales, sachève en 1509. En dépit dimportantes dégradations, il demeure possible de localiser des escargots sur le pilier à langle des galeries nord et est, et sur le piédroit de la porte de la travée orientale.
Cathédrale Sainte-Cécile, tribunes sur bas-côtés : décor peint (Albi/Tarn) - début du XVIe siècle
Le décor peint à fresque des tribunes de bas-côtés de la cathédrale Sainte-Cécile dAlbi a été exécuté sous lépiscopat de Louis II dAmboise, par un atelier dorigine italienne (23). Il sagissait, par un décor dillusion, dévoquer les marbres colorés qui tapissaient les églises dItalie. Des motifs se sont glissés dans les faux marbres : objets liturgiques et symboliques, motifs végétaux, représentations animales dont de nombreux escargots (fig. 1).
Église Saint-Jean-Baptiste, chapelle Sainte-Madeleine : décor peint (Belberaud/Haute-Garonne) - début du XVIe siècle
Dans léglise gothique de Belberaud, des peintures murales du tout début du XVIe siècle datées par un phylactère de 1505 recouvrent les murs dune chapelle nord ainsi que la partie correspondante de la nef. Elles illustrent les épisodes de la vie de Marie Madeleine. Lun des panneaux représente le repas chez Simon le pharisien sur un fond de verdure imitant la tapisserie ; deux escargots rampent sur des branches de grenadiers chargées de fruits (fig. 3).
Église Saint-Girons, socle de pilier (Monein/Pyrénées-Atlantiques) - début du XVIe siècle
Dans léglise Saint-Girons de Monein, dont la construction débuta dans la seconde moitié du XVe siècle, on peut voir, sur le socle dun des piliers latéraux supportant la retombée des arcs, une levrette en arrêt devant un énorme escargot. Cette scène se dissimule aujourdhui dans lombre de la chaire (fig. 10).
Église Saint-Ebons, stalles : parclose (Sarrancolin/Hautes-Pyrénées) - début du XVIe siècle
Les stalles de léglise Saint-Ebons de Sarrancolin ont été édifiées au début du XVIe siècle, sous le priorat de Bernard IV de Labarthe. La sculpture est simple et sans grand ornement. Néanmoins, lun des accoudoirs représente une tête de vieillard barbu coiffée dun casque à coquille (fig. 19).
Cathédrale Saint-Pierre, pilier de la nef : chapiteau (Condom/Gers) - premier tiers du XVIe siècle
Cest en 1531 que fut consacrée la nouvelle cathédrale Saint-Pierre de Condom. Leffondrement des voûtes de trois chapelles, survenu en 1506, nécessita la reconstruction des cinq premières travées de la nef sous lépiscopat de Jean Marre. Les piliers de ces travées ont reçu, sur leur tailloir, un décor de feuillages, animaux et personnages. Sur lun deux, court une frise de chiens affrontés. Deux de ces chiens jaillissent dune même coquille descargot (fig. 11).
Maison civile dite " Maison Saunal ", plafond peint : métope (Albi/Tarn, rue de lHôtel-de-Ville) - premier tiers du XVIe siècle
Sur lune des métopes du plafond peint commandité, au début du XVIe siècle, par le marchand de pastel Simon Saunal pour sa maison dAlbi, un chien qui sort dune coquille descargot aboie contre un oiseau (24) (fig. 21).
Cathédrale Notre-Dame, stalles : parclose (Saint-Bertrand-de-Comminges/Haute-Garonne) - premier tiers du XVIe siècle
Cest en 1535 quest inauguré le chantier du chur de la cathédrale Notre-Dame de Saint-Bertrand-de-Comminges, commandité par lévêque Jean de Mauléon. À lintérieur de ce chur entièrement fermé par une clôture pleine, lensemble des stalles magnifie le travail du bois qui sexprime au travers des rondes-bosses, hauts et bas-reliefs, demi-reliefs et marqueteries (25). Un splendide escargot en cur de chêne sert daccoudoir (fig. 12).
Église abbatiale de Saint-Savin, buffet dorgues : décor peint (Saint-Savin-en-Lavedan/Hautes-Pyrénées) - milieu du XVIe siècle
Cest en 1557 que fut installé en tribune, dans léglise abbatiale de Saint-Savin-en-Lavedan, le meuble dorgues commandité par lévêque François de Foix-Candale. Il doit son originalité à la machinerie qui faisait se mouvoir les astres et trois masques grotesques, ainsi quau décor de grisaille sur la console et les faces latérales du buffet. Sur la partie en encorbellement de la console, dans un arbre au sommet duquel sest perché un petit joueur de pipeau, un énorme escargot affronte un animal fantastique (fig. 32).
Château de Lourmarin, cage descalier : frise sculptée (Lourmarin/Vaucluse) - milieu du XVIe siècle
En 1537, François Ier, de retour dItalie, fait halte au château de Lourmarin. Suit alors lembellissement et le rhabillage des façades sur les plans de Serlio. Dans la tour qui renferme lescalier en vis, la décoration sest concentrée sur une frise courante ; un escargot y voisine avec une grenade éclatée, une grenouille et des tritons (fig. 13).
Église de lAssomption, retable : colonnes torses (Castelsagrat/Tarn-et-Garonne) - seconde moitié du XVIIe siècle
Le retable que contient léglise paroissiale de Castelsagrat provient de la chapelle de lancien collège Saint-Raymond à Toulouse. Entrepris par Pierre Affre, il fut poursuivi par son fils François, de 1667 à 1669. Les six colonnes torses sont ornées de pampres animés de toute une faune minuscule dont de petits escargots. (fig. 20).
Château de Saint-Urcisse, salle-à-manger : papier peint (Saint-Urcisse/Tarn) - fin du XVIIIe siècle
Dans laile XVIIe du château de Saint-Urcisse, a été aménagée une salle-à-manger, agrémentée de grands panneaux de papier peint pouvant peut-être remonter à la fin du XVIIIe siècle. Traitant de thèmes exotiques, ils sont ponctués de volatiles, damphibiens et descargots.
Château de Prat, grande salle : manteau de cheminée (Prat-Bonrepaux/Ariège) - XIXe siècle
Lédifice médiéval composant le château de Prat connaît une ambitieuse rénovation au XVIe siècle. De cette époque subsistent la cage descalier en saillie et quelques éléments de baies à meneaux et traverses. Le XIXe siècle a largement composé avec ce décor de façade. La grande salle du rez-de-chaussée sorne dune monumentale cheminée sur le manteau de laquelle courent putti, monstres et escargots (fig. 14).
Cathédrale Saint-Pierre, jubé : culots (Condom/Gers) - milieu du XIXe siècle
En 1843, fut reconstruite la clôture du chur de la cathédrale Saint-Pierre de Condom. Des escargots de stuc animent une sculpture néo-gothique qui nest que le pastiche dune réalisation du début du XVIe siècle.
Basilique Saint-Nazaire, tourelle du transept sud : gargouille (Carcassonne/Aude) - milieu du XIXe siècle
En 1844, Eugène Viollet-le-Duc est chargé du chantier de restauration de la basilique Saint-Nazaire à Carcassonne. Lorsque le chantier sétend à la tourelle du transept sud, il fait exécuter une gargouille-escargot qui, bien que mutilée, est toujours en place. À cet effet, il avait réalisé 42 dessins pour les corbeaux de la corniche, les chapiteaux et les gargouilles (fig. 22).
Chapelle Notre-Dame/basilique Saint-Sauveur, contrefort dangle et piliers engagés : culs-de-lampe (Rocamadour/Lot) - seconde moitié du XIXe siècle
Au cours des travaux dagrandissement de la chapelle Notre-Dame de Rocamadour par labbé Chevalt, des escargots sur des ceps de vigne, inspirés de lornementation gothique, ont été sculptés sur certains culs-de-lampe supportant les contreforts externes (fig. 15).
Le sens de limage
On constate une irrégularité des représentations au cours des âges : la représentativité, très forte pendant le Moyen Âge et les débuts de la Renaissance, samoindrit au cours des siècles suivants.
Ce corpus sinscrit néanmoins dans une évolution générale : le midi sapparente aux autres régions françaises, notamment la Bourgogne pourtant réputée être le territoire identitaire de lescargot.
Face à la persistance de ce thème iconographique, on sinterrogera maintenant sur le sens quil a pu revêtir et sa possible évolution.
Lunivers des formes
Lornementation formelle
Lescargot et sa coquille architecturée se prêtent aisément à une ornementation formelle.
À Burlats (fig. 16), il sagit dun pur et simple décor en frise où un élément répété peut se succéder indéfiniment. Le même motif est repris, claveau par claveau. Lescargot a été tracé de profil, dans ses lignes les plus typiques. La frise romane occupe lespace décoratif dans une " dynamique dimmobilité " (26) exprimée par les différents tracés du déroulement de la spirale de la coquille.
Dans les chapelles inachevées capelas imperfeitas du monastère portugais de Batalha (fig. 17), lenroulement et le déroulement de la spirale offrent, dans un style manuélin, plus de réalisme. Les escargots, logés dans une gorge des socles de piliers, sont là, au ras du sol, comme surgis en tout sens après la pluie.
Lescargot, de par la malléabilité de sa chair, peut se loger partout. Linforme est capable dépouser toute forme. On comprend que lornementation gothique lait si abondamment utilisé. Il se colle aux courbures des arcs en accolade. Il se déroule sur toute la corbeille dun chapiteau. Il étend son large pied sur les feuilles de chou. Il sadapte aux découpes des feuilles dacanthe ou sintercale entre elles (fig. 18).
La rondeur de sa coquille se prête à la plénitude des accoudoirs de stalles. À Saint-Bertrand-de-Comminges (fig. 12), le chanoine peut poser la main sur une coquille. À Sarrancolin (fig. 19), la coquille sest muée en casque. Ce vieux guerrier casqué est un stéréotype illustrant la diffusion du thème des capitaines antiques affrontés (27).
Lillustration du mouvement
Dans une gesticulation naturaliste, lescargot dynamise le support décoratif. Il anime les sculptures des marbres antiques. Il vivifie les décors au feuillage orné de la dentelle de pierre gothique tout comme leurs pastiches néo-médiévaux : il rampe sur les marbres gallo-romains de Chiragan (fig. 4), dans les gorges des piédroits du cloître de Cahors, sur les culots de léglise de Donneville ou du jubé de Condom. Il envahit les marges des manuscrits enluminés. À Belberaud (fig. 3), dans un fond de verdure imitant la tapisserie, il chemine sur un grenadier. Sur les pampres du retable de Castelsagrat (fig. 20), il a pour compagnons des oiseaux, des lézards, des mouches, des libellules et des écureuils. Il est inséparable dune faune fourmillante, imprévue et insaisissable.
Cette confrontation est souvent agressive. Lescargot du linteau sculpté de Gourdon qui rampe sur les cordons de feuilles de vigne est menacé par une chèvre broutant une feuille et un chien ouvrant la gueule. Sur larc en accolade de Rocamadour, cest un lézard qui le guette, à lextrémité de la frise de chou. Sur un culot albigeois, il est dévoré par un oiseau. À Monein (fig. 10), le chien et lescargot sobservent de près ; à Lectoure, lescargot et un monstre félin sobservent de loin.
Cette aptitude à senfermer dans une coquille et à en sortir à sa guise se prête admirablement à lesprit des drôleries gothiques (fig. 21). Lescargot nest plus animation dynamique, il est devenu lui-même jaillissement dynamique. Son indéterminisme facilite sa transformation. Se multiplient alors les représentations détranges colimaçons desquels émerge une " vie foisonnante et multiforme " (28). Les marges de manuscrits sont envahies par ces représentations héritées de lAntiquité.
Sa nature humide saccorde à un jaillissement aquatique et sa chair muqueuse sest adaptée au conduit dévacuation dune gargouille. Les dégorgeoirs en forme de tête danimaux remontent à lAntiquité et Viollet-le-Duc, dans le prolongement des " gargoules " gothiques, a fait cracher leau à un escargot (fig. 22). La gargouille de la basilique Saint-Nazaire, à Carcassonne, est mutilée. À Barcelone, des gargouilles-escargots, destinées aux contreforts des flèches gigantesques de la Sagrada Familia, et réalisées au début du siècle par le sculpteur Matamala à partir de moulages sur nature agrandis à la règle et au compas, attendent toujours de figurer sur lédifice (29).
Mais cette dynamique, au-delà du réalisme ornemental, a-t-elle un sens ?
Le monde des symboles
Lombre et la lumière
Lorsquon examine telle ou telle représentation de lescargot, on saperçoit que le message que veut faire passer lartiste dépend de la manière dont il met le motif en situation. Apparaissent alors des oppositions de valeurs, au niveau de léchelle du motif, de son emplacement, de sa représentativité, qui révèlent le sens donné à limage.
Les petits escargots discrets qui animent les feuillages à Albi (fig. 9) ou à Castelsagrat (fig. 20) sopposent aux énormes limaçons de Capestang (fig. 27) ou de Saint-Savin (fig. 32). Lanimal, dans son milieu naturel, ne simpose pas, il se dissimule, il faut le chercher. Lorsque léchelle nest plus respectée, il interpelle et sous-entend une interprétation, facétieuse à Capestang, moralisatrice à Saint-Savin. Si le petit escargot sculpté sur la fontaine de Valmirande (fig. 7) se perd dans lanonymat du bestiaire représenté, le gros escargot de Mirepoix (fig. 35) renvoie à un des traits essentiels de lanimal, en rapport avec le programme décoratif de lensemble.
Lescargot se dissimule dans les recoins obscurs ou sexpose en pleine lumière. Lorsquil est représenté dans un mouvement ascensionnel, grimpant péniblement à un arbre, il montre un chemin à parcourir : lescargot du sarcophage marseillais (fig. 23) est allégorique. Sur la miséricorde du colimaçon, à Villefranche-de-Rouergue (fig. 34), la sculpture est un motif caché, dinspiration populaire et profane : cet escargot marginal est destiné à recevoir le postérieur dun chanoine.
Le motif, représenté dans son unicité ou sa multiplicité, peut être lexpression dune signification particulière. Déjà dans les puits funéraires, la multiplicité ternaire du dépôt de coquilles intensifiait la valeur symbolique de loffrande. Lescargot dressé de Commensacq (fig. 31) ou les trois escargots de Semur-en-Auxois (fig. 24) accentuent la dimension symbolique voulue par lartiste (30).
Le bon et le mauvais escargot
La charge signifiante de limage mise en évidence permet alors une autre lecture. Dans tout système symbolique, chaque végétal, chaque animal est ambivalent. Selon le contexte et en accord avec la mentalité et limaginaire de lépoque, il peut être pris en bonne ou mauvaise part ou en bonne et mauvaise part. Il y a le bon et le mauvais escargot. On peut juger de cette ambivalence à travers quelques représentations du corpus mises en relation avec une imagerie plus générale mais propre à lOccident chrétien.
Le mauvais escargot
La déchéance originelle de lescargot est liée à la tradition biblique. " Quils [les impies] aillent en se fondant, comme le " sablûl " (Psaume 58, 9) : le " sablûl désigne la limace ou lescargot qui semblent se fondre en laissant sur leur passage une humeur visqueuse (31).
Lescargot nest pas identifié comme tel dans la Bible et cet animal au corps mou, rampant et contractile, sapparente à un ver. Or le ver biblique personnifie la déchéance. Il sattaque à la manne, au bois, à la vigne et au ricin : sur un sarcophage chrétien du IVe siècle, conservé au musée du Latran et retraçant laventure de Jonas, lartiste a sculpté un escargot pour matérialiser le ver envoyé par Dieu des profondeurs de la terre afin de dessécher la racine du ricin à lombre duquel se reposait le prophète (32). Le ver se développe dans les cadavres et cette image est utilisée pour désigner les tourments des âmes damnées rongées par le remords (33).
La tradition médiévale occidentale perpétue cette image négative du ver répugnant, né de la corruption : " La limace, dit Isidore de Séville, est un ver de boue, ainsi nommé parce quil naît dans la boue ou de la boue ; aussi est-elle toujours tenue pour sale et dégoûtante " (34). Dans les Bestiaires recueils de description du monde animal présenté dans sa signification symbolique lescargot est considéré comme un ver (35).
Desservi par sa chair informe et sa naissance supposée pourrie, il est également défavorisé par son comportement. Pour le Moyen Âge chrétien, lanimal qui se comporte selon sa nature est un modèle quil faut suivre ou rejeter. " [Lescargot], dit au XIIIe siècle lencyclopédiste Barthélemy lAnglais, se déplace lentement, portant toujours avec lui une coquille dure dans laquelle il senferme. Il possède deux cornes qui lui servent à sonder son chemin et, au moindre obstacle, il les rétracte et se réfugie dans sa coquille " (36) : de telles " propriétés " se prêtent à un enseignement moral (37).
Le motif iconographique de lescargot qui montre les cornes est une constante de limagerie médiévale. Villard de Honnecourt, dans son carnet de modèles (fig. 26), met en relation un escargot, la tête armée de quatre cornes, et un guerrier, équipé dune lance et dun bouclier, qui montre son front de deux des doigts de sa main droite. Celui qui étend lindex et le médius veut-il simuler les cornes de lanimal ? Veut-il, en se faisant les cornes, se faire honte à lui-même ?
Lescargot, cuirassé dans sa coquille et armé de ses cornes, est en effet le symbole de la force illusoire (38). Aussi la peur de lescargot qui montre les cornes est-elle dérisoire. Cest le propre de lindolence : il est dit, en 1246, dans lImage du Monde de Gossuin de Metz que la pusillanimité, sixième racine de lindolence, est caractérisée par la crainte de lescargot. Cest la peur instinctive du poltron qui engendre couardise et lâcheté : pour le dominicain frère Lorens, confesseur de Philippe III le Hardi et auteur de la Somme le Roi parue en 1279, lhomme qui est sur la voie du bon chemin et qui recule parce quil a peur dun escargot qui montre les cornes, est un poltron (39). Avoir peur dun escargot, cest être couard. Laffronter, cest être lâche (40). La représentation de laffrontement entre un homme armé et un escargot géant se généralise au XIIIe siècle dans le décor darchitecture et lillustration marginale de manuscrits (42). Lhomme, chevalier ou paysan, armé dune épée, dune fronde, dune hache, soppose à un escargot géant dont les cornes sont pointées comme des flèches. On voit parfois une femme qui lui fait face ou qui supplie le guerrier de ne pas attaquer la bête.
Cette image de la couardise vise plus précisément une nation : les Italiens, en effet, ont une réputation de poltronnerie. Les étudiants français les insultent avec des graffitis muraux représentant un escargot ou une limace : " Si, dit Odofredus, célèbre juriste de Bologne ayant enseigné à lUniversité de Paris de 1228 à 1234, lon peignait avec de mauvais produits, comme le font les Français qui, pour se moquer des Italiens, crayonnent avec du charbon un escargot sur un mur, il serait dommage que le mur disparaisse sous le motif représenté (43) ". Les Lombards sont particulièrement visés. Un poème latin du XIIe siècle De Lombardo et Lumaca circule, ironisant sur laventure dun paysan lombard désappointé par sa rencontre avec un escargot. " Je ne suis pas, dit le vaillant chevalier Galien, Lombart qui fuit pour la lymaiche " (44). Si lorigine de cette mauvaise réputation une panique légendaire devant larmée de Charlemagne, une activité dusuriers et de prêteurs sur gage peut sexpliquer, la relation inévitable avec lescargot reste à découvrir.
Le motif du chevalier et de lescargot est susceptible dautres interprétations. La métope peinte de la maison des Consuls de Saint-Pons-de-Mauchiens nest-elle quune évocation parodique de la couardise ? En est-il de même au château de Capestang ? Le caractère érotique de certaines représentations marginales est sans équivoque (45). À Capestang (fig. 28), laffrontement prend un caractère facétieux, peut-être appliqué à linfortune conjugale (46).
Évocation constante de la couardise, lescargot est aussi limage du péché : pour Nicole Bozon, frère mineur qui prêchait en Angleterre au XIVe siècle, le péché sentend par " le fossé, où sont trovez [ ] les limaceons de laschesse, de paresce e de accide [ ] " (les limaçons de lâcheté, de paresse et dacédie) (47).
La nature froide et humide de lanimal, son extrême lenteur à se mouvoir, sapplique aux tempéraments mélancoliques portés au péché dacédie, cette somnolence qui engourdit le corps et lâme et éloigne lhomme de Dieu. " Dautres, prêche au XIVe siècle Jean Bromyard, gravissent les degrés du péché dacédie comme lescargot dont on rapporte quil a grimpé à un arbre en une demi-année jusquà ce quil tombe sous leffet dun petit souffle de vent froid " (48). Lorsque la paresse supplante lacédie et devient lun des sept péchés capitaux, lescargot devient inévitablement lattribut de la paresse (fig. 30).
Lescargot, que lon croit sourd et aveugle, est marginalisé par ses déficiences sensorielles. Lorsquil senfouit dans la terre, il est en contact avec lau-delà des revenants (49), des spectres et des larves. Ce contact avec les ténèbres infernales le diabolise.
À Commensacq (fig. 31), lescargot conduit la procession des animaux musiciens : le porc joue du fifre, un autre joue de la musette, un âne joue du violon. À Saint-Savin (fig. 32), lallusion est encore plus diabolique. Dans un arbre, un escargot se mesure avec un monstre tentateur, alors quau sommet de larbre un petit joueur de pipeau semble sapprocher dune gueule infernale. Un porc joue de la cornemuse ; un homme urine, assis sur un tonneau ; un couple nu évolue parmi les fleurs. Lorgue chante la musique céleste de lâme par opposition à la folle musique du corps. La voie du salut est difficile, freinée par la folie de la musique, livresse du vin et les tentations de la chair.
Cette déviance sexprime aussi les jours de Carnaval. Le Carnaval exalte la folie la Nef des fous de Sébastien Brant a été publiée en 1494, un jour de Carnaval. Aussi nest-il pas rare de retrouver lescargot en compagnie du fou (50) (fig. 33).
Le bon escargot
La coquille dure et protectrice dans laquelle senferme lescargot en fait un animal positif. Lorsquil senfouit sous la terre, il est en contact avec les ténèbres infernales qui sont aussi les ténèbres hivernales doù sortira la lumière du printemps. Le capricorne du Zodiaque des Très Riches Heures du duc de Berry émerge dune coquille et symbolise la naissance de lannée (51). Lescargot qui senterre à lautomne pour réapparaître au printemps offre limage de la vie qui se répète et nie toute idée de destruction définitive. Aussi les rites et croyances populaires lassocient-ils au déroulement cyclique du temps.
Le programme décoratif des stalles de Villefranche-de-Rouergue sinscrit dans un cycle carnavalesque dinversion du temps : la miséricorde de lescargot (fig. 34) offre le double visage du temps, avec ce vieillard triste et abattu qui sextrait dune coquille en brandissant un masque lunaire jeune et souriant (52). À Mirepoix, lescargot sort de sa coquille (fig. 35). Sur lun des poteaux a été sculpté un ours, autre maître du temps qui, à la Chandeleur, décide de sa déshybernation ; sur un autre about, un masque de feuilles annonce linversion du mouvement de verdure.
Lescargot sort de sa coquille, signe annonciateur du renouveau de la végétation (fig. 36). Cette relation avec la Terre-Mère a été révélée par des rites dinhumation consistant, comme nous lavons vu, en dépôts de coquilles dans les puits funéraires. Pour les berbères dAfrique du Nord, la fertilité du sol était donnée par les morts qui sincarnaient autrefois dans des masques ornés de coquilles descargots (53). À Béziers, au XIXe siècle, le Masque-Chameau, promené dans la ville pour célébrer la fête de la Caritach la Charité était entouré dhommes sauvages couverts de verdure et de coquilles descargots (54).
Lescargot est donc servi par son inépuisable aptitude à la vie. Sur une miniature des Très Riches Heures du duc de Berry (55), une bordure descargots et de dauphinelles encadre une représentation de la Multiplication des Pains, illustrant cette parole du Christ : " Je suis le pain de vie ". Lescargot, représenté au milieu des fleurs, traduit une éclosion soudaine et multiple et symbolise la renaissance de la nature au printemps. Associé à la figure du Christ, il annonce la résurrection (fig. 37).
En effet, lexégèse biblique, par ses divergences dinterprétation, a associé sa naissance que lon croyait fangeuse et pourrie à une réalité divine. La nature du ver annonce celle du Christ. Le ver sortant de terre annonce le Christ sortant du tombeau (56). La description qui est faite dun bijou, en 1380, illustre parfaitement lexemple appliqué au Christ de lhelix pomatia réapparaissant au printemps après avoir brisé lopercule de sa coquille : " ung joyau dont le pié est de fueillages où sont plusieurs lymaçons yssant de grosses perles et au dessus est nostre Seigneur en yssant du sepulcre " (57). Lart a dailleurs perpétué cette image Le Titien, dans La Mise au Tombeau et Édouard Manet, dans Les Anges au tombeau du Christ ont placé des escargots près du tombeau tout comme la tradition qui, pendant la Semaine sainte, conduit à illuminer des coquilles descargots sur le passage des processions religieuses provençales et languedociennes (58).
La prétendue asexualité de lescargot est appliquée à lenfantement virginal de la Vierge (fig. 38). Le dominicain autrichien François de Retz, mort en 1425, utilise lexemple du coquillage qui, tombé dans la rosée, donne naissance à une perle. Aussi quelques peintres et enlumineurs font-ils de lescargot lattribut de Marie. Des escargots sont sculptés au départ de larcade qui encadre Marie dans deux tableaux de Hans Memling. Sur la Pala de lObservance de Francesco del Cossa, le peintre de cette Annonciation a souligné le rebord du panneau par un escargot. Sur un triptyque peint par le Maître dOttobeuren au milieu du XVe siècle et représentant lAdoration de lEnfant par Marie, des escargots rampent sur le gazon dun hortus conclusus (59).
Le corpus iconographique était limité volontairement dans lespace : un midi resserré autour dun grand sud-ouest. Il sest trouvé de lui-même limité dans le temps. Le sens de limage, reflété dans lart, trouve son plein épanouissement dans un Moyen Âge qui traduit une interpénétration du religieux et du profane, du savant et du populaire. La Renaissance illustre un langage savant, plus abstrait et artificiel. Le XVIIIe siècle privilégie lornement (60). Le XIXe siècle est une survivance ou une réinterprétation du Moyen Âge.
Liconographie est agrément et discours. Lescargot est lanimal de lambiguïté et de lindéterminisme. Déplacé zoologiquement, il ne sait pas où se situer. Être de lintermédiaire, il chemine entre Dieu et diable (61), tragédie et comédie. De par sa dynamique de structure et de comportement, il se prête à la plasticité formelle, donc décorative, et à une aptitude à traduire un mouvement perpétuel symbolisant, au-delà dune image bonne ou mauvaise, le cours du temps qui passe.
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* Communication présentée le 4 février 1997, cf. infra " Bulletin de
lannée académique 1996-1997 ", p. 208.
Pour leur collaboration précieuse, nous remercions particulièrement Michel Adgé, Pierre
Bellin, Jacques Berlioz, Jean-Louis Biget, Jean Blanc, Gilbert Boldron, Gabriel Burroni,
Patrice Calvel, M. Cazaux de lentreprise Cazenave, Daniel Cazes, Jean Clottes,
Marie-Odile Giraud, Francis Loubatières, Jacques Peyron, Maurice Scellès, Louis Latour,
Nathalie Lecomte, Michèle Pradalier-Schlumberger, Hélène Teisseyre, Jean-Luc Tisseyre,
Michel Vidal, les Bibliothèques municipales de Foix (Françoise Smets), de Nantes (Agnès
Marcetteau) et de Toulouse (Jocelyne Deschaux).
1. Fr. et Y. Cranga, Lescargot. Zoologie, symbolique, imaginaire, médecine, gastronomie, éd. du Bien Public, 1991.
2. Cette spirale de croissance harmonieuse est logarithmique et sest offerte aux spéculations architecturales sur le nombre dor. Voir M.-C. Ghika, Le Nombre dOr, Paris, Gallimard, 1931, 1, p. 48.
3. Athénée de Naucratis, Les Deipnosophistes, Les Belles Lettres, 1956, p. 155.
4. Thomas de Cantimpré , Liber de natura rerum, 9, 45, éd. H. Bse, Berlin/New-York, Walter de Gruyter, 1973, 1, p. 310.
5. Il faut attendre le XVIIe siècle pour avoir une meilleure connaissance anatomique de lescargot. On a compris les modalités de sa reproduction : hermaphrodite, il peut, par la réversibilité de ses organes sexuels, assurer sa descendance. Sa coquille résulte de la cristallisation de sels calcaires. Son acuité visuelle et auditive est très réduite. Il se guide, aidé par une forte sensibilité et un puissant odorat.
6. Voltaire, uvres complètes. Dictionnaire philosophique, VII, 1879, 20, p. 422 ; Mélanges de littérature, dhistoire et de philosophie, VI, 1879, 27, p. 132. Lescargot peut effectivement se refaire une tête, pourvu que lanneau sophagien ait été épargné.
7. A. Locard, Histoire des coquillages, Paris, Cattier, 1889, p. 185-194.
8. G. Bachelard, " La coquille ", La poétique de lespace, Paris, P.U.F., 1957, p. 105-129.
9. Le latin testudo désignait indifféremment la tortue et lescargot, cest-à-dire lanimal qui porte une carapace. Lemploi du mot escargot, dorigine méditerranéenne, sest généralisé dans des provinces françaises qui ne connaissaient que le limas, mot qui subsistera dans les patois.
10. " Lescargot, ni mâle ni femelle, ni gras ni maigre, ni chair ni poisson, ni vivant ni mort, est toujours apte à passer dune catégorie à lautre. " Cest un être de lintermédiaire, ce qua remarquablement mis en évidence Claudine Fabre-Vassas. Voir Cl. Fabre-Vassas, " Le soleil des limaçons ", Études rurales, 87-88, 1982, p. 63-93.
11. Jean Clottes na pas, à ce jour, connaissance de représentation rupestre de lescargot. Lescargot naurait donc pas sa place dans les visions extatiques des chamans de la Préhistoire.
12. N. Lecomte, Les escargotières et les couches à escargots des Pyrénées et de leur marge. Approche archéologique. Mémoire de maîtrise, Univ. Toulouse-Le Mirail, 1994.
13. G. Baccrabère, " Des puits et des fosses funéraires du Ier siècle avant notre ère au IVe siècle après Jésus-Christ, Mémoires de la Société archéologique du Midi de la France, t. LI, 1991, p. 9-95 ; G. Fouet, " Découverte dun puits funéraire dans la villa de Montmaurin ", Gallia, XVI, 1958, p. 158-196.
14. M. Vidal, Rites funéraires gaulois et gallo-romains dans la région toulousaine au Ier siècle avant Jésus-Christ. Thèse de doctorat, Univ. Toulouse-Le Mirail, 1977.
15. L. Joulin, Les établissements gallo-romains de la plaine de Martres-Tolosane, Paris, Impr. nationale, 1901, p. 80-83. Voir également E. Roschach, Musée de Toulouse. Catalogue des antiquités et objets dart, Toulouse, Impr. du Viguier, 1865.
16. A.L. Millin, Voyage dans les départemens du midi de la France, Paris, Impr. Impériale, 1807-1811. Voir également F. Benoît, Sarcophages paléochrétiens dArles et de Marseille, Paris, CNRS, 1954.
17. J. Cabanot, " La première demeure romane dite "Pavillon dAdélaïde" ", Congrès Archéologique de France. 1982. Albigeois, Paris, 1985, p. 202-205.
18. J. Peyron, A. Robert, " Les plafonds peints médiévaux de la région de Pézenas ", Études sur Pézenas et sur lHérault, IX, n° 1, 1978, p. 3-5.
19. Limagier et les poètes, éd. Loubatières, 1991. Publication réalisée par le C.I.D.O., lAssociation de Sauvegarde du Patrimoine Architectural et Naturel du Capestanais et lAssociation Promotion Patrimoine du Biterrois qui, depuis plus de vingt ans, semploient à la mise en valeur de ce plafond redécouvert en 1977.
20. G. Leblanc, " La Maison des Consuls de Mirepoix ", M.S.A.M.F., t. XXXVIII, 1973, p. 93-124.
21. J. Peyron, " À laube de la Renaissance : le plafond peint de Pomas ", Menestral, n° 19, 1978, p. 7-11.
22. B. et G. Delluc, Bêtes, démons et fous du cloître de Cadouin, Périgueux, Impr. Joucla, s.d.
23. J.-L. Biget, Sainte-Cécile dAlbi. Peintures, éd. Odyssée, 1994.
24. J. Peyron, A. Robert, Les plafonds peints gothiques dAlbi, Albi, Presses Midi-Pyrénées, 1982.
25. J.-P. Denis, Histoires de chur. Saint-Bertrand-de-Comminges, les stalles et l'orgue, éd. Le Pérégrinateur, 1995.
26. V.-H. Debidour, Le bestiaire sculpté du Moyen Âge en France, Arthaud, 1961.
27. Les compositions florentines de la fin du XVe siècle représentent en effet des capitaines affrontés : tantôt Alexandre et Darius, tantôt Scipion et Hannibal, mais aussi le jeune héros et le capitaine dâge mur traités de façon solennelle ou parodique. Voir A. Chastel, " Les capitaines antiques affrontés dans lart florentin du XVe siècle ", Fables, formes et figures, Flammarion, 1978, 1, p. 237-246.
28. J. Baltruaitis, " Bizarreries des sceaux et des monnaies antiques. La bête dans la coquille...", Le Moyen Âge fantastique, Paris, A. Colin, 1955, p. 55-73. Voir également W. Deonna, " Aphrodite à la coquille ", Revue archéologique, nov-déc. 1917, p. 392-416.
29. R. Descharnes, C. Prévost, Gaudi, vision artistique et religieuse, éd. Edita-Vilo, 1982.
30. Cl. Gaignebet, J.-D. Lajoux, Art profane et religion populaire au Moyen Âge, Paris, P.U.F., 1985, p. 259-263 et 271-276.
31. Dictionnaire de la Bible, Paris, Letouzey et Ané, 4, 1908, col. 255-256.
32. O. Marruchi, I Monumenti del museo cristiano pio-lateranense, Milan, Hoepli, 1910, planche XVIII, fig. 1.
33. Dictionnaire de la Bible..., 5, 1912, col. 2395-2396.
34. Étymologies, XII, 5, 7. Voir Isidore de Séville, Étymologies, livre XII. Des animaux, Les Belles Lettres, 1986, p. 172-173.
35. Sur un manuscrit anglais du XVe siècle, un helix hortensis et deux vers de terre ont été peints au début du chapitre sur les vers. Voir W. George, B. Yapp, The naming of the beasts. Natural history in the medieval bestiary, Londres, Duckworth, 1991.
36. Barthélemy langlais, De proprietatibus rerum, 18, 68. Cité dans M.I. Gerhardt, " Zoologie médiévale : préoccupations et procédés ", Miscellanea Mediaevalia, 7, 1970, p. 241-242.
37. Le prédicateur les utilise contre ceux qui sont asservis aux biens matériels ou à leurs propres passions et contre ceux qui manquent daudace. Voir Y. et Fr. Cranga, Lescargot, animal exemplaire. Article à paraître.
38. Lambiguïté de lescargot a favorisé son contre emploi. Dès la branche I du Roman de Renart, Tardif le limaçon est porte-enseigne du roi Noble. Voir R. Bellon, " Le limaçon porte-enseigne : spécificité du comique du Roman de Renart ", Le rire au Moyen Âge dans la littérature et dans les arts. Colloque des 17-18-19 septembre 1988, P.U.B., 1990, p. 53-69.
39. É. Mâle, Lart religieux du XIIIe siècle en France, Paris, Leroux, 1898, p. 167.
40. Lexpression " assaillir la limace " combattre lescargot sapplique au Moyen Âge à tous ceux dont le seul courage consiste à attaquer des ennemis imaginaires. Voir A. Tobler, " Assaillir la limace ", Zeitschrift für Romanische Philologie, 1879, p. 98-102. Cette image sest maintenue dans lexpression populaire : un " embrocheux de limas " est au XVIIe siècle un fanfaron. À Montauban, un " sanno-limaous " saigne-limaçon se disait par plaisanterie dun grand couteau de cuisine. Voir E. Rolland, Faune populaire de la France. Mollusques, crustacés, arachnides et annélides, Paris, chez lauteur, 12, 1909, p. 43-44.
41. Poésies gasconnes recueillies et publiées par F.T. XVIIe siècle. J.-G. dAstros-dArquier. Chants religieux, mazarinades et autres poésies satiriques de la Lomagne, Paris, Tross, 1869, 2, p. 309-320. Cette image de lescargot vindicatif et menaçant sest perpétuée dans lart populaire : lattaque de trois tailleurs par un énorme escargot est un motif souvent choisi pour décorer les ruches slovènes au XIXe siècle. Voir R. Pinon, " From Illumination to Folksong : the Armed Snail, a Motif of Topsy-Turvy Land ", Folklore Studies in the Twentieth Century. Proceedings of the Centenary Conference of the Folklore Society, D. S. Brewer- Rowman and Littlefield, 1980, p. 76-113.
42. L. Mc. Randall, Images in the margins of gothic manuscripts, University of California Press, 1966 ; " The Snail in Gothic Marginal Warfare ", Speculum, 37, 1962, p. 358-367.
43. L. Mc. Randall, The Snail..., p. 362.
44. Galiens li restorés. XIIIe siècle. Cité dans L. Mc. Randall, The Snail..., p. 303.
45. Dans les marges dun psautier flamand, un chevalier lâche son épée à la vue dun escargot, immédiatement sous un " testicule " pendant de cornemuse, alors quun bélier fonce sur le " panier " dune femme. Voir M. Camille, Images dans les marges. Aux limites de lart médiéval. Coll. " Le Temps des Images ", éd. Gallimard, 1997, p. 46-51.
46. " Lescargot, dit un proverbe espagnol, pour se délivrer dinquiétude, échangea ses yeux pour des cornes " : une chanson aveyronnaise du XIXe siècle conseille à un mari malheureux de faire comme lescargot. Voir E. Rolland, Faune populaire de la France. Reptiles, poissons, mollusques, crustacés et insectes, Paris, Maisonneuve et Cie, 3, 1881, p. 207.
47. Les contes moralisés de Nicole Bozon, Paris, Firmin-Didot, 1889, n° 127, p. 149.
48. Jean Bromyard, Summa Praedicantium, Venise, 1586, 1, p. 71.
49. En Provence, lescargot est parfois appelé masca (esprit, sorcière nocturne), signe de cette appartenance au monde des ombres.
50. Sur la façade dune maison bourguignonne, à Seurre, on peut voir un fou soufflant dans une cornemuse émerger dune coquille descargot.
51. J. Baltruaitis, Bizarreries..., p. 58.
52. G. Bernard, " Le carnaval des miséricordes de la collégiale de Villefranche-de-Rouergue ", Mélanges historiques Midi-Pyrénées offerts à Pierre Gérard, Toulouse, 1992, p. 45-57.
53. J. Servier, Les portes de lannée. Rites et symboles. LAlgérie dans la tradition méditerranéenne, Paris, Laffont, 1962.
54. J. Baumel, Le Masque-Cheval et quelques autres animaux fantastiques, Paris, I.E.O., 1954 ; A. Coste, Saint Aphrodise, Béziers, Impr. Sapte, 1899.
55. Les Très Riches Heures du duc de Berry. Textes de R. Cazelles, Seghers, 1988, p. 176-177.
56. J. Voisenet, Bestiaire chrétien : limagerie animale des auteurs du Haut Moyen Âge (Ve-XIe siècles), Toulouse, P.U.M., 1994, p. 122-123.
57. V. Gay, Glossaire archéologique du Moyen Âge et de la Renaissance, Paris, Picard, 1928 [article limaçon. Inventaire de Charles V, n° 2290].
58. P. Canastrier, " La procession aux limaces dans le comté de Nice ", Arts et traditions populaires, 3, 1953, p. 212-220.
59. Lexicon der Christlichen Ikonographie, éd. Herder, 1, 1968, col. 499-503 ; 4, 1972, col. 98-99 ; M.-L. Liévens de Waegh, " Le langage de limage chez Hans Memlinc ", Revue des archéologues et historiens dart de Louvain, XXVII, 1994, p. 61-70 ; A. Chastel, La Pala ou le retable italien des origines à 1500, éd. Levi, 1993.
60. Certaines faïences toulousaines de " grand feu " ont reçu un décor inspiré de lornemaniste Bérain, où figure un buste de femme entre deux escargots.
61. Fr. et Y. Cranga, " Lescargot appartient-il à Dieu ou au diable ? ", LHistoire, n° 163, février 1993, p. 72-73.
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