LA MAISON AU MOYEN ÂGE DANS LE MIDI DE LA FRANCE

Colloque, Cahors les 6, 7 et 8 juillet 2006

organisé par la Société Archéologique du Midi de la France

avec le concours de l'Université de Toulouse-Le Mirail, l'U.T.A.H., et FRA.M.ESPA

                     


 Résumés des communications

 

 1. Des maisons dans la ville

 

François Bordes (Directeur des Archives Municipales de Toulouse)

 L’espace urbain toulousain au regard
des documents administratifs communaux

 

L’étude des sources administratives municipales toulousaines en matière d’urbanisme et de construction, permet d’analyser les rapports entre les autorités et l’espace urbain qu’elles avaient à gérer. Si elles interviennent effectivement sur les domaines connexes que sont l’hygiène publique et la sécurité (lutte contre les incendies), elles ne se montrent qu’assez peu soucieuses de conférer à Toulouse la régularité du réseau urbain et la beauté qui siéraient à la seconde ville du royaume. On peut cependant découvrir, au fil des documents, et en particulier dans leur lutte contre « l’empêchement des rues », les prémices d’une certaine pensée urbanistique que les édiles mettront en œuvre dans les premières décennies de l’Ancien Régime.

  

Gilles Séraphin (Architecte du Patrimoine, Cahors)

 Un modèle de parcellaire médiéval : le parcellaire binaire

  

Les lotisseurs du moyen âge, confrontés au souci de rationaliser les parcellaires, ont eu le choix entre plusieurs modèles dont certains ont été mis en évidence à l’occasion des études dont les bastides méridionales ont fait l’objet. L’un des modèles les plus singuliers est celui qui a été mis en application à Villefranche-de-Rouergue, par l’administration capétienne au milieu du 13e siècle. Ce mode d’organisation parcellaire rythmé par doubles rangées   perpendiculaires à la rue et alternant avec des ruelles de traverse est largement répandu dans le Sud-Ouest de la France. Il n’a cependant rien de local : on le retrouve également à Bilbao, dans le Piémont italien ainsi que dans certains quartiers de Paris.

 

 Alain Badin de Montjoye (Conservateur du Patrimoine en Isère)

 Exemples de parcellaires médiévaux à Grenoble

  

Au cours de vingt dernières années, des observations conduites dans des conditions diversement favorables, à la faveur de travaux lourds de réhabilitation portant sur des quartiers entiers, ont permis de découvrir puis d’approfondir la connaissance de certains aspects de l’habitat médiéval de Grenoble. Au point que l’on en vient à considérer aujourd’hui que la trame bâtie de la ville ancienne, telle qu’elle est presque partout parvenue jusqu’à nous, a dû être mise en place dès le XIIIe siècle. Cette trame est celle que dessinent les murs longitudinaux, séparateurs des parcelles, qui, à la différence des façades maintes fois reconstruites, voire déplacées, constituent le système porteur de tout le bâti. Partout où des observations ont pu être effectuées, il s’est révélé que ces murs étaient presque toujours conservés dans leur substance du XIIIe ou du XIVe siècle. Il serait imprudent toutefois de considérer que les informations ainsi recueillies valent pour l’ensemble de la ville médiévale : conséquence d’une programmation des travaux liée à l’urgence et non aux problématiques historiques, seuls des espaces de faubourgs, créés au cours des XIe et XIIe siècles, ont pu faire l’objet de cette approche archéologique. Formés de part et d’autre d’anciennes voies d’accès à la ville close dans son enceinte du Bas Empire, ces faubourgs présentent un découpage caractéristique, maintes fois décrit ailleurs, en parcelles longues et étroites.
En l’absence de toute étude sur les règles et usages qui prévalaient à Grenoble au Moyen Âge, en matière de construction, de mitoyenneté, d’occupation du sol – de telles études ont été produites pour Paris, Toulouse, Marseille, Beauvais, Tours, entre autres –, c’est la lecture archéologique des murs qui seule aujourd’hui peut permettre d’entrevoir les dynamiques à l’œuvre au cours du Moyen Âge, qui ont façonné la morphologie du tissu bâti. A partir de plusieurs cas concrets ont pu être mises en évidence diverses formes du processus de densification et de transformations et proposées des hypothèses de restitution des états les plus anciens.

 

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 2. La construction

 

Philippe Bernardi (CNRS, LAMM-UMR 6572, Aix-en-Provence)

 Ecrire un chantier : la construction à travers les textes

  

Si l’apport des textes à notre connaissance de la maison médiévale n’est plus à démontrer, le développement de la pluri- ou interdisciplinarité a eu pour effet de souligner de manière particulièrement nette les filtres que l’écrit interpose entre le chercheur et ce que l’on pourrait désigner comme la réalité des chantiers. La terminologie technique méridionale est, dans ce domaine, l’un des écrans les plus évidents et, parfois, les plus opaques auquel l’historien soit confronté. C’est sur ce vocabulaire et sur les problèmes soulevés par son analyse que portera ma contribution. Partant d’éléments réunis pour la Provence des derniers siècles du Moyen Âge, je m’intéresserai, en premier lieu, le rapport entre la source et le vocabulaire ou, en d’autres termes, la cohérence de l’ensemble constitué par le texte. Il semble, en effet, important de revenir tout d’abord sur le statut de nos sources et sur leur portée « technique », afin de chercher à apprécier le choix terminologique fait par les scribes. L’analyse de quelques contrats de construction permettra alors d’envisager le type de vocabulaire auquel recourt le notaire pour désigner les actions, les matériaux et les techniques.
J’aborderai ensuite les mots eux-mêmes. Ceux-ci seront considérés, tout d’abord, en tant que signes conventionnels dont on peut rechercher le ou les sens dans l’optique de l’élaboration d’un glossaire technique dont la forme et la pertinence sont à discuter. Les mots seront, enfin, étudiés dans leur dimension historique, comme des témoins ou des sources à part entière. Il s’agit dans cette dernière partie de l’étude de souligner le fait que les mots ne sont pas neutres et que l’attention prêtée à leur origine, leur évolution sémantique, leur substitution ou leur abandon peut aider à mieux cerner certaines évolutions techniques.

 

Nelly Pousthomis-Dalle (Professeur à l’Université de Toulouse-Le Mirail)

 La construction en pierre dans la maison méridionale au Moyen Age :
état de la question

  

Le thème proposé est vaste, à multiples facettes, et cette contribution ne saurait l’épuiser. Elle s’appuie sur des études publiées depuis un quart de siècle, monographies ou synthèses régionales concernant la demeure médiévale dans le Midi de la France. Ce tour d’horizon permet de s’interroger sur la place qu’occupe la pierre dans la publication (et au travers d’elle, dans la recherche), sur les raisons de cette variabilité (origines des auteurs, conditions et angles d’étude, évolution de l’intérêt dans le temps). Au-delà de cette première réflexion, cet essai voudrait cerner les questions qui jalonnent l’usage de la pierre, depuis son extraction jusqu’à sa mise en œuvre, esquisser une grille d’enquête sur sa place et son rôle dans l’architecture civile médiévale du Midi de la France (XIe-XVe siècles). Parmi ces questions, figurent celles d’une spécificité méridionale (« une Europe de la pierre » opposée à « une Europe du bois » ?), un marqueur social (un matériau noble ?) ou de particularités propres à la maison, dans la mise en œuvre de la pierre, par rapport à d’autres types d’édifices.

 

Dominique Baudreu (Centre d’Archéologie Médiévale du Languedoc, Carcassonne)
Claire-Anne de Chazelles (CNRS, Latte)
François Guyonnet (Service Archéologique du Vaucluse)

Maisons urbaines et rurales du Sud de la France bâties
en terre massive : état de la question

  

L’étude du bâti médiéval en terre crue dans le Sud de la France apparaît  comme une préoccupation très récente. Le matériau est longtemps resté dans l’ombre à cause des difficultés de repérage lors des fouilles mais aussi à cause d’une certaine tradition de recherche axée sur les « matériaux nobles » et jugeant la terre crue comme dénuée de tout intérêt. Pourtant, depuis quelques années, entre la Provence rhodanienne et le Toulousain, plusieurs observations à partir de fouilles ou d’élévations viennent combler le déficit des données sur la mise en œuvre de la terre massive dans les constructions médiévales, qu’il s’agisse de bauge ou de pisé.
Dans ces constructions, la terre crue assume seule le rôle porteur, les bâtiments pouvant couramment s’élever sur deux étages au-dessus d’un rez-de-chaussée. Si quelques exemples, notamment carolingiens, peuvent créditer la bauge d’une tradition relativement ancienne qui aurait pu évoluer en se diversifiant, on ne dispose pas, actuellement, de témoignage sur le pisé antérieur à la fin du XIIe s.-début XIIIe s. Cette apparition tardive et le fait que la construction en pisé s’effectue selon des normes invariables, conduisent à s’interroger sur l’origine de ce procédé qui semble « emprunté » plutôt qu’élaboré sur place.
C’est en milieu urbain que les découvertes récentes sur l’architecture de terre sont les plus spectaculaires. Dans la seconde moitié du XIIIe s. et au début du XIVe s. les villes se développent considérablement et débordent de leur ancienne enceinte. Des quartiers de lotissements sont créés ex nihilo avec un urbanisme régulier et une architecture stéréotypée où le matériau terre semble exclusif. Dans plusieurs villes (Perpignan, Béziers, Carpentras, etc…), les études préalables à la réhabilitation d’îlot insalubre ont révélé les maisons en terre de ces lotissements médiévaux. Les vestiges sont suffisamment importants pour permettre d’esquisser les restitutions de ce type d’habitat. 

 

Anne-Laure Napoléone (Docteur en Histoire de l’Art et Archéologie, Toulouse)

 Le pan de bois dans le sud-ouest de la France
avant 1450 : état de la question

  

Les études effectuées ces dernières années sur les demeures médiévales ont montré que le pan de bois avait une place plus ou moins importante dans les villes de la région. Malheureusement, les traces de ces constructions ne sont conservées le plus souvent qu’en négatifs et les vestiges proprement dits restent rares ou difficiles à reconnaître. Il a été possible cependant de pointer quelques édifices susceptibles d’être antérieurs au milieu du XVe siècle, des analyses dendrochronologiques venant  parfois confirmer cette ancienneté. Sans pouvoir encore brosser un tableau détaillé des différentes mises en œuvres du pan de bois médiéval, on peut entrevoir désormais deux types d’élévations.  On soupçonne également une grande variété de cas de figures selon les époques et les régions, mais il faudra sans doute  multiplier les études pour mieux les définir. Il reste néanmoins urgent d’étudier ces vestiges fragiles qui perdent de leur lisibilité à chaque campagne de travaux et dont le corpus s’amenuise année après année.  

 

Maurice Scellès (Conservateur du patrimoine, S.R.I. de Midi-Pyrénées)

 Maisons du XVe siècle dans le sud-ouest de la France

  

Siècle charnière entre le Moyen Âge et les Temps modernes, et donc zone de partage incertain entre médiévistes et modernistes, le XVe siècle est aussi celui de la Guerre de Cent ans et de la reconstruction qui a suivi la fin de la crise. Ainsi la période à envisager débute-t-elle au milieu du XIVe siècle pour ne s’achever qu’avec l’introduction des formes de la Renaissance dans le second quart du XVIe siècle, voire se prolonger jusqu’au début du XVIIe siècle pour une large part de l’architecture domestique. Un rapide parcours à partir de maisons datées du XVe siècle montre en outre qu’il s’agit souvent d’une catégorie pratique, voire fourre-tout, pour placer des édifices considérés comme n’appartenant ni au Moyen Âge ni au Temps modernes.
La rupture avec les modèles antérieurs est consacrée par l’adoption de l’escalier en vis, mais elle ne concerne encore que les édifices de l’élite sociale : grandes demeures ou hôtels urbains, manoirs… tandis que la maison commune reste fidèle à l’escalier droit, intérieur ou extérieur. La rupture est également bien marquée dans les techniques de construction avec l’abandon de la pierre de taille et d’autres mises en œuvre des pans-de-bois ; en revanche, la construction en brique semble ne pas connaître de changement.
La croisée, qui s’est généralisée, et la demi-croisée qui en dérive sont les marqueurs les plus constants de cette architecture ; s’y ajoute une petite fenêtre carrée à encadrement mouluré qui apparaît comme baie secondaire ou seule. Le décor n’est véritablement utilisable pour la datation que lorsqu’il est suffisamment élaboré, et les références paraissent surtout s’appliquer à la fin du siècle. Quant aux moulures diverses et autres détails ornementaux, ils ne sont que des indices vagues, d’autant qu’ils perdurent au-delà de 1500 : ainsi de l’accolade considérée pourtant comme caractéristique du XVe siècle...
Parmi les constats que permet la collection d’édifices rassemblée pour cette communication on retiendra l’effort qui reste à accomplir pour préciser les datations : des constructions réalisées en 1420, en 1450 ou en 1480 n’ont évidemment pas le même sens. On notera également qu’à la différence de ce que nous connaissons pour la période précédente, la maison rurale est représentée par un corpus finalement nombreux et qui demande à être étudié.

 

Pierre Garrigou Grandchamp (Docteur en Histoire de l’Art, Tours)

Réflexions sur les structures des maisons des XIIe-XVe s.
dans le Midi de la France

 

Le propos est de passer en revue les modes constructifs qui assurent la statique et le couvrement des espaces habitables. En d’autres termes, il s’agit de décrire les modalités de réalisation de l’enveloppe des bâtiments, puis des structures internes de division des volumes : sont en cause aussi bien les structures verticales, qui répondent notamment au rôle d’organes porteurs, que les structures horizontales. L’ambition est d’ordre typologique, ce qui pour être peu à la mode, porte néanmoins des interrogations fécondes quant à la compréhension tant des édifices que des processus mentaux et économiques qui ont conduit à un choix plutôt qu’à un autre. Chemin faisant, on se demandera s’il y a des particularismes régionaux et, le cas échéant, à quelles conditions ils répondent ; on ne s’interdira pas des comparaisons avec des procédés mis en œuvre dans la moitié nord de la France. Si le champ est d’abord taxonomique, il est donc de nature à susciter des problématiques variées. Au premier chef, ces réflexions doivent aider à l’examen des édifices transformés, en permettant de replacer des faits isolés dans la logique de schèmes structurants et spatio-distributifs.

1. L’ENVELOPPE
Nature des enveloppes (pierre, brique, terre crue, empilage de troncs, pans de bois). Statique des bâtiments (têtes des murs, renforcements des maçonneries - arcs et pièces de bois ; poteaux noyés dans les maçonneries). Porte à faux (structure à colonnes derrière les pans de bois). Anthologie des négatifs (organes en bois disparus).

2. LES STRUCTURES INTERNES
Cloisons. Divisions et organes porteurs maçonnés (refends ; arcs diaphragmes ; colonnes/piliers superposés). Couvrements (plafonds et voûtes). Escaliers.

 

Diane Joy (Chargée de mission pour l’Inventaire en Pays de Quercy, Caylus)

 Formes et fonctions des caves médiévales des maisons du sud de la France :
 état de la question.

 

L’avancement de la recherche pour le sud de la France présente un corpus de caves qui peut paraître assez pauvre au regard de celui des régions septentrionales, prestigieux et mieux étudié. En comparaison des remarquables séries conservées à Provins, Arras, Lille ou Vézelay, l’ensemble de Bayonne, connu de longue date, fait figure d’exception. Pourtant, des prospections systématiques ponctuelles commencent à révéler la profusion et la qualité d’un patrimoine encore largement méconnu. Si ce constat vaut pour l’ensemble du bâti civil médiéval, il est plus évident encore pour les caves, bien souvent insoupçonnables sous des agglomérations en grande partie reconstruites aux époques modernes et contemporaines. Elles deviennent alors un mode d’approche privilégié de l’habitat médiéval auquel elles étaient liées, témoins tangibles d’une ville disparue.
Quelque soit leur typologie – des plus frustes creusées directement dans le substrat, aux caves bâties, souvent voûtées et parfois même dotées d’éléments décoratifs –, l’étude de leur distribution, de leurs accès et, plus généralement, de leur rapport avec la maison à laquelle elles appartiennent peut permettre d'avancer des hypothèses concernant leur fonction. Les textes appuient parfois ces réflexions, même s’ils sont rares et si leur étude est trop peu souvent liée à celle des élévations.
L’étude des caves, qu’elles soient encore ou non en connexion avec l’habitat d’origine, peut donc constituer un outil de compréhension complémentaire et précieux quant au statut de la maison, de ses fonctions, de sa distribution et des ses relations avec l'espace publique et au-delà, de l'identité et du mode de vie de leurs habitants.

 

Yan Laborie (Conservateur du Musée de Bergerac)
Patrice Conte (Archéologue S.R.A., Limousin)

 Le stockage des denrées dans l'habitat des villes médiévales
 du sud-ouest de la France. Approche de la question.

 

Depuis trente ans la connaissance de la maison médiévale a notoirement progressé grâce à la prise en compte du bâti et à l'archéologie des sols permettant un large renouvellement des approches architecturales et de l'organisation interne de l'habitat. Toutefois, la question  des « manières d'habiter » et plus spécifiquement celle de la gestion des denrées, qu'elles soient de subsistance ou commerciales demeure encore peu documentée. Si les travaux des historiens de la vie privée livrent des informations nombreuses et souvent précises concernant les denrées stockées, la relation que l'on doit établir avec les vestiges conservés des maisons médiévales reste encore bien délicate à établir.
La présente communication se propose, grâce à plusieurs exemples essentiellement inédits, de tenter de dresser une sorte de géographie intérieure de la maison à travers la gestion des denrées et des lieux de stockage. On cherchera ainsi, par l'exploitation conjointe des données archivistiques et archéologiques à appréhender la place d'un certain nombre de produits (grains, vin...) dans la maison et la question de l'utilisation des « lieux de stockage », qu'ils soient mobiliers ou immobiliers. La spécificité fonctionnelle de certains espaces de la maison, comme les caves par exemple, sera également abordée et discutée.
L’apport de l'enquête en cours reste encore très partiel faute d'une documentation suffisante, mais permet  peut-être de contribuer à l'élaboration de perspectives de  recherches futures concernant  l'archéologie de la maison urbaine du sud-ouest de la France.

  

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3. Des hommes dans la maison

  

Yves Esquieu (Professeur à l’Université de Provence)

 Armarium. Meubles et dispositifs de rangement dans les maisons 
du  sud-est de la France au Moyen Age.

  

Les espaces et meubles de rangement dans les maisons médiévales nous sont connus à la fois par des textes (inventaires après décès et prix-faits de construction surtout) et par les réalités monumentales. Il n'y a pas toujours concordance entre ces données.
Les textes mettent en avant un type de meuble que l'on retrouve dans toutes les pièces d'habitation : le coffre ou la caisse, avec leur variante, le banc-coffre ou archibanc, meuble apte à conserver tout ce que l'on doit garder dans une maison : réserves de nourriture, vêtements, literie, armes, livres, documents d'archives...
L'étude des maisons conservées en élévation nous livre de façon récurrente des armoires aménagées dans l'épaisseur des murs, parfois liées, dans une phase tardive, à un évier. Si ce dispositif, connu sous le nom d'armarium, apparaît bien dans les prix-faits,  il est peu cité dans les inventaires. Lorsque le terme apparaît dans ces textes, il recouvre d'ailleurs des réalités diverses : meuble de bois le plus souvent, petite pièce, notamment sous les volées d'escalier, armoire murale.

  

Jean Catalo (Archéologue INRAP, Albi)

 Cuisines et foyers 
Exemples dans la maison urbaine médiévale du sud-ouest de la France

  

La cuisine, pièce d’habitation à fonction spécifique de préparation et de cuisson des repas, fait son apparition dans la maison médiévale urbaine bien après son émergence dans les châteaux ou les monastères. Les exemples de mentions dans les sources écrites, d’étude du bâti d’édifices conservés, et d’archéologie urbaine, donnent des réalités assez diversifiées.
Malgré des identifications parfois difficiles, ces différentes approches se rejoignent sur des points communs quel que soit le type d’agglomération concerné : bourg, ville moyenne ou métropole. Pièce distincte à partir du XIIIe siècle, les cuisines subissent un phénomène d’extériorisation et de subordination par rapport à une salle ou au corps principal d’un logis. Son aménagement ne consiste pas forcément en sols ou des équipements très élaborés, succession de foyers plus ou moins adossés à des parois. Ces quelques exemples du sud-ouest de la France, conduisent à penser que ni la distinction sociale, ni le modèle architectural ne conditionnent l’existence d’une cuisine dans ou autour de la maison. En revanche, ces deux caractères en définissent probablement la superficie, la qualité de l’équipement, l’autonomie et la localisation de ce type de salle.

 

Maurice Berthe (Professeur émérite de l’Université de Toulouse-Le Mirail)

 Les élites des petites villes

 

Dans plusieurs des régions du Sud-Ouest, l’armature des lieux centraux, petites villes et bourgs ruraux, était constituée au Moyen Âge des bourgs castraux qui combinaient tous les critères urbains déterminants, démographique, administratif et judiciaire, économique et religieux, superficie du ressort, topographique et urbanistique (architecture civile et domestique de type urbain), participation aux assemblées représentatives régionales. Tous, quel que fût leur degré de réussite et leur taille, ont eu en commun un fait spécifiquement urbain, la genèse de formations sociales inconcevables dans un cadre purement rural. Le fait urbain est ici leur capacité à engendrer durablement des élites  représentatives ailleurs des sociétés urbaines.
L’étude se focalise sur la petite ville de Lautrec, chef-lieu d’une vicomté de l’Albigeois. La riche documentation des XIIIe-XIVe et XVe siècles, notamment le précieux registre Domanial de Lautrec qui consigne les résultats de l’enquête effectuée en 1338-1339 pour le compte du roi de France, nourrit une analyse fouillée de la composition du groupe dominant et de ses transformations, une approche de la hiérarchie des fortunes. La description des modes successifs de domination par ces élites du vaste territoire de la ville et de la châtellenie vicomtale qui en dépendait, permet de proposer une explication de la puissance et de la pérennité de ce groupe. Les sources révèlent surtout que les élites de Lautrec, ville témoin de cette étude, sont représentatives de l’ensemble des élites des “villes champêtres” du Sud-Ouest.

 

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4. Des demeures ornées

 

Véronique Lamazou-Duplan (Maître de conférences à l’Université de Pau et des Pays de l’Adour)

 Le décor des intérieurs toulousains aux XIVe et XVe siècles
d’après les registres notariés.

  

Les inventaires après décès et autres documents (ventes à l’encan par exemple) repérés dans les registres des notaires permettent de se faire une idée de l’allure, de la distribution, des aménagements des demeures toulousaines des XIVe et XVe siècles, en particulier pour celles des notables de la ville [1]. Quelques éléments du décor filtrent parfois à travers la description des différents espaces (ornements d’un portail, aménagements des baies, de niches, murs peints…)
Mais ces listes égrènent surtout les objets, précieux ou de modique valeur, rares ou communs, qui meublent et ornent ces intérieurs toulousains : meubles les plus divers, vaisselle (de cuisine et de table), objets raffinés (nécessaires de toilette, miroirs, tables d’échecs, livres, écritoires, encriers, tablettes de cire, sceaux…) mais aussi d’importantes quantités de linge de maison (de table, de lit), coussins et carreaux), banquale et tentures (courtines de lit, draps à suspendre au mur, devant de cheminée ou pare-feu…). Nous mettrons en particulier l’accent sur ces textiles d’ameublement qui, chez les plus riches des Toulousains, mettent en scène un décor coloré, raffiné, armorié, voire historié.
Ces différents objets participent tout d’abord à l’organisation de l’espace, répondent à diverses nécessités et fonctions domestiques
[2]. Ils sont aussi des marqueurs sociaux et culturels. Ils permettent de déceler les hiérarchies sociales par les écarts de train de vie, les manières de vivre. Ils laissent entrevoir les modes, références et codes culturels de ces Toulousains. En ce sens, ces éléments du décor peuvent être aussi appréhendés comme des marqueurs de la supériorité sociale et de l’urbanité. 

[1] Cf. V. Lamazou-Duplan, « Les élites toulousaines et leurs demeures à la fin du Moyen Age d’après les registres notariés : entre maison possédée et maison habitée », La maison au Moyen Age dans le Midi de la France, dir. M. Scellès, A.-L. Napoleone, Toulouse, SAMF-FRAMESPA-UTM, 2003, p. 40-61 ; eadem, « Entre Toulouse et Toulousain : propriétés et cadres de vie de noble Bertrand Tornier et de sa famille au début du XVe siècle », dir. B. Cursente, Habitats et territoires du Sud, CTHS, 2004, p.235-260.

[2] Cf. M.-C. Marandet, « L’équipement de la cuisine en Toulousain à la fin du moyen âge d’après les inventaires et les testaments », Archéologie du Midi médiéval, t. XV-XVI, 1997-1998, p. 269-286

 

Michèle Pradalier-Schlumberger (Professeur émérite de l’Université de Toulouse-Le Mirail)

Le décor sculpté de la maison urbaine médiévale du Midi de la France

 

Les quelques maisons du XIIe siècle qui ont conservé leur décor sculpté, témoignent du souci d’imiter les décors religieux, aussi bien pour les choix iconographiques que pour les techniques mises en œuvre : chapiteaux historiés, voussures ornées autour des fenêtres, statues colonnes ou personnages sur piliers pour les piédroits. Les maisons romanes de Burlats, Saint-Antonin-Noble-Val et Albi relèvent de choix esthétiques semblables. À partir du XIIIe siècle, les décors sculptés s’appauvrissent et se réduisent sur les façades, se pliant aux tendances austères du style gothique contemporain : les chapiteaux historiés disparaissent au profit des motifs feuillagés, feuilles lisses ou sculptées au naturel, souvent inspirés par la sculpture cistercienne. Il faut attendre la fin du XIIIe siècle et le début du XIVe siècle pour constater la mise en place de décors sculptés propres à l’architecture civile : corbeaux, fausses gargouilles, frises sculptées ponctuent et articulent les percements des murs des maisons de Caylus, Saint-Antonin, Cordes ou Toulouse, tout en s’inspirant de thèmes purement profanes et courtois.

  

Virginie Czerniak (Maître de conférences à l’Université de Toulouse-Le Mirail)

Les sujets historiés dans les décors peints des demeures médiévales : une iconographie spécifique ?

 

Les décors peints aujourd'hui connus dans l'architecture médiévale non cultuelle sont majoritairement ornementaux et ont pour fonction première l'embellissement des lieux de vie concernés. Si certains sujets historiés pourraient être interprétés comme relevant des mêmes préoccupations, d'autres en revanche proposent des thèmes, voire des programmes, dont la teneur iconographique illustre plus ou moins directement la fonction sociale du commanditaire. Par ailleurs, il est intéressant de remarquer que pour les XIIIe et XIVe siècles, les évocations du monde de la chevalerie semblent être les sujets les plus couramment plébiscités, alors que pour la fin du Moyen Âge, on profite d'un corpus iconographique d'une plus grande diversité avec parfois des thèmes à caractère moralisateur, burlesque ou romanesque: une variété thématique vraisemblablement plus en adéquation avec la nouvelle pluralité de la société civile.

 


                            

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